Y a une nouvelle Californie? – There’s a New California?

Steve Mathiasson et Jill Klein Matthiasson Photo: sfgate.com

Steve Mathiasson et Jill Klein Matthiasson
Photo: sfgate.com

Et si je vous disais qu’il est possible pour vous de boire une Californie différente? Fini les vins surextraits, lourds en alcool, aux tannins durs comme de la brique, osmosés à outrance. Fini les surmûris, les laissés sur vigne jusqu’à ce que pruine éclate, au Brix plus élevé que votre compte en banque. Fini les acidifiés à outrance, sniffant les lignes d’acide tartrique jusqu’au délire kaléidoscopique. Fini les bêtes de cirque, pigées cinq fois par jour par des haltérophiles. Fini la folie de celui qui se rapprochera le plus du porto sans avoir recours à l’ajout d’aguardente. Bref, fini le gros vin putassier, si j’ose m’exprimer ainsi.

Enfin, c’est fini seulement si vous le voulez. Comme le disait Lennon: war is over, if you want it. Donc, ça dépend de vous.

Car il existe un mouvement, comme il en a existé d’autres, tout aussi dissidents et chacun avec les raisons qui lui sont propres (la mouvance nature est de ce même souffle), qui brasse l’Etch-A-Sketch de la scène vinicole californienne, qui désire redessiner la carte et offrir davantage que cette caricature coupée au ruby cabernet, ce zinfandel en bécane hypercylindrée qui fait un road-ego-trip, les poignées d’amour au vent. Il existe, et je ne vous chie pas des enjoliveurs de roues, des mecs et des meufs assez timbrés pour vous proposer des grenache sous-extraits, des sémillon orange, des syrah anaérobiques et des ribolla gialla, merde, des RIBOLLA GIALLA! Au pays d’Arnold, des Hummers qui roulent sur l’huile d’arachide usée et des arbres de Joshua.

Hardy Wallace, Dirty and Rowdy Wines Photo: sonomamag.com

Hardy Wallace, Dirty and Rowdy Wines
Photo: sonomamag.com

De la même manière qu’ailleurs dans le monde, la Californie s’ouvre au monde, sort de son placard et désire vivre sa complexité au grand jour. Elle veut vous faire découvrir ses vins digestes, adaptés à leur terroir, des vins de vignes qui ne sont pas saignées, qui sont traitées avec déférence et respect. Des vins où l’on intervient le moins possible, ou à tout le moins, si on le fait, c’est de manière intelligente, de façon à servir le vin et non le portefeuille. Une viticulture qui se dissocie des Mondavi et des Staglin, des Coppola et des Harlan, le tout dans le respect des sentiers qui ont été battus devant eux. Comme je le disais plus haut, c’est davantage une dissidence polie qu’une contestation, c’est un pari (gagnant) qu’il se trouve quelque part dans le monde un palais qui aime le vin faible en alcool, généreux en fruit croquant, le vin qui respire la vie, qui est davantage la réserve faunique que le musée archéologique, davantage le modèle en chair que la statue de marbre qu’on en a tiré.

Dissidence, certes, mais aussi descendance directe des Rhone Rangers, les premiers à avoir signalé qu’il existait autre chose que le White Zinfandel et le merlot de vendange turbotardive. Une race d’explorateurs, de fous à lier qui désirent faire le vin qu’ils aiment boire, au prix de passer pour des subversifs, des artistes, des saltimbanques. Les vins de la Nouvelle Californie ont de quoi séduire par leur fraîcheur, tant dans le goût que dans l’approche. Me viennent immédiatement à l’esprit des endroits comme Matthiasson et Dirty and Rowdy Family Wines, dont j’ai goûté les vins lors de mes dernières vacances estivales aux États-Unis. Les deux maisons ont une propension à cueillir tôt, à un taux Brix considérablement plus bas que celui privilégié par les voisins, ainsi qu’à faire bon usage de la macération pelliculaire pour les blancs, afin d’ajouter corps, texture et caractère à leurs vins. Matthiasson commet un ribolla gialla et un refosco, chose relativement rare en Californie, tandis que Dirty and Rowdy m’ont carrément séduit l’an dernier avec un sémillon  bas en alcool et délicieux au possible.

Plus récemment, un ami me faisait découvrir le zinfandel de Broc Cellars (représentés ici par les Vieux Garçons), une autre maison qui s’adonne plutôt bien au minimalisme avec ses vins. Ici, la caricature de convenance avec le zin est complètement mise à l’écart, on a un vin frais, léger, relativement bas en alcool, qui passerait très bien dans un alignement de vins rouges de la Loire. Une proposition absolument sidérante qui défie toutes les conventions établies à propos du zin.

Kenny Likitprakong, Hobo Wine Company Photo: santacruz.com

Kenny Likitprakong, Hobo Wine Company
Photo: santacruz.com

Je pense aussi à Hobo Wine Company, représentés par la bourgeonnante agence Boires. Kenny Likitprakong, skater dans l’âme, se lance dans la vinif pour faire des trucs qui lui parlent. Je salue tout d’abord son valdiguié, un cépage rarissime s’il en est un qui portait autrefois le nom de Napa Gamay, ce qui vous donne une idée approximative de la fraîcheur du nectar. J’ai beaucoup apprécié le pinot noir de Kenny également, très modeste en alcool, pas immensément complexe mais combien buvable et facile d’approche!

Bref, il existe une Californie parallèle, florissante et délicieusement dissidente que je vous somme d’essayer. Si jamais vous aimez, c’est tant mieux. Sinon, c’est aussi tant mieux, car ça en fera plus pour moi.

Le Sommelier Fou

NOTE: Je veux faire un petit « shout out » à l’agence Boires, qui a récemment organisé une dégustation commentée autour des vins californiens de son porte-folio, tous issus du mouvement du Nouveau Vin de Californie. Hobo (dont j’ai déjà parlé), Horse and Plow, Wonderland Project, Habit, Ampelos, toutes autant de maisons qui méritent votre attention. Allez voir mes notes sous l’onglet Californie de ma page… Gros bravo pour l’idée de l’équipe de Boires de faire participer tous leurs vignerons via Skype. Une idée à voler par les autres agences, si vous voulez mon humble avis.

Steve Mathiasson et Jill Klein Matthiasson Photo: sfgate.com

Steve Mathiasson et Jill Klein Matthiasson
Photo: sfgate.com

And if I told you that it is possible for you to drink a different California? Out with the overextracted, alcohol-heavy wines, with ironclad tannins and the taste of outrageous osmosis. Out with the overripe, the left on the vine until the skin bursts, with higher Brix levels than what’s in your bank account. Out with the overacidified, sniffing tartaric acid lines to the realm of kaleidoscopic delirium. Out with the circus freaks, punched five times a day by weightlifters. Out with the madness of the race for the wine that’ll get the closest to being a Port without addition of aguardente. In short: out with the whores.

It’s over, but only if you want it, as Lennon had so aptly put it. It is all up to you, really.

Because there is a movement, like many others just as dissident and with motives that are their own (thinking of natural wine, here), that wishes to shake California wine establishment’s Etch-A-Sketch and redraw the wine map, to show that their land has much more to offer than this Ruby Cabernet-cut caricature or this V12 Zinfandel gone on an ego-road trip, its love handles swaying in the wind. There exists, and I am not shitting you hubcaps here, men and women nutty enough to propose to you low-extraction Grenache, orange Sémillon, anaerobic Syrahs and Ribolla Gialla, for Pete’s sake, RIBOLLA GIALLA! Right in the land of Arnold, Hummers that run on used peanut oil and of Joshua trees.

Hardy Wallace, Dirty and Rowdy Wines Photo: sonomamag.com

Hardy Wallace, Dirty and Rowdy Wines
Photo: sonomamag.com

While the same can be said of other parts of the world, California is opening itself up to its diversity, getting out of its closet to embrace its complexity. California wants you to discover its very digestible side, very terroir-adapted, wines that are not from vines that have been bled out, but were rather treated with respect. Wines of minimal intervention, or at the very least of an intelligent kind, thus doing a service to the wine and not the profit margin. A viticulture that dissociates from Mondavi and Staglin, Coppola and Harlan, while still respecting the trails that have been blazed by these pioneers. As I was mentioning earlier, it’s more of a polite dissidence than a protest, it’s a (winning) wager that somewhere in this world, somebody loves to drink low-alcohol, digestible wines, with generous, crunchy fruit, a wine that breathes life, a wine that’s more the natural reserve than the archaeological museum, more the flesh model than the marble statue that was made of it.

Dissent, for sure, but also direct descent from the Rhone Rangers, the first ones to point out that there was so much more than White Zinfandel and turbolate harvest Merlot. A breed of explorers, a breed of madmen that made the wines they wanted to drink, even if it meant being taken for subversive artists or hippies. The New California Wine will seduce you by its freshness, both in taste and approach. I can think of wineries like Matthiasson and Dirty and Rowdy Family Wines, of which I tasted the wine on my last US summer vacation. The two houses tend to pick grapes fairly early, at Brix levels much lower than what their neighbours are aiming for, also making intelligent use of skin maceration for their whites, to provide them with body, texture and character. Matthiasson makes Ribolla Gialla and Refosco, which is relatively rare in, while Dirty and Rowdy literally seduced me last summer with their low-alcohol, delicious Sémillon.

More recently, a friend introduced me to Broc Cellars’ VineStarr Zinfandel (represented here by Vieux Garçons), another winery that focuses on minimalism wine. Here, the accepted caricature of Zinfandel is completely set aside, and what you get is a fresh, light wine that’s relatively low on alcohol, a wine that could easily be set in a line up of light Loire Valley reds. A mind-bending trick of a Zin that will challenge everything you thought you knew.

Kenny Likitprakong, Hobo Wine Company Photo: santacruz.com

Kenny Likitprakong, Hobo Wine Company
Photo: santacruz.com

I also think of Hobo Wine Company, represented here by the burgeoning Boires agency. Kenny Likitprakong, skater extraordinaire, goes to wine making, hoping to make wines that will resonate with him. Hats off to his Valdiguié, a rare variety that once bore the name of Napa Gamay, which gives you an approximate idea of the nectar’s freshness. I also liked Kenny’s Pinot Noir a lot very alcohol-modest, not spectacularly complex but so damn easy to drink and appreciate!

To put it in short, there is a parallel, flourishing and deliciously dissident California out there, and I order you to taste it. If you like it, that will make me happy. If not, I’ll also be happy, as it will mean more for me.

Le Sommelier Fou

NOTE: I want to send a little « shout out » to Boires agency, which recently organized a commented tasting of California wines on their portfolio, all hailing from the New California Wine movement. Hobo (told you about them already), Horse and Plow, Wonderland Project, Habit, Ampelos, all wineries that command your attention. Check out my Californie tasting notes tab on my page… Big up for Boires’ idea of inviting all their winemakers to the party via Skype to talk about their wines. This idea will be stolen by other agencies before long, methinks.