Chose promise, chose bue – Keeping promise

Kistler 1J’avais dit que je le ferais, et je l’ai fait. Ça impliquait d’abord que je mette la main sur un flacon (ou quelques, ce fut trois en bout de ligne) de la collection de Champlain Charest. Chose réussie. Ensuite, il fallait convaincre le monsieur d’accepter de rencontrer un quidam pour partager un verre avec lui. Je lui ai envoyé un petit mot, expliquant la promesse que j’avais faite il y a longtemps (promesse davantage à moi-même qu’à quiconque); sa conjointe Monique Nadeau a répondu rapidement en son nom, acceptant de partager avec moi la bouteille de mon choix. J’ai donc dit à ma douce Madame Fou de paqueter ses valises, qu’on s’en allait dans le Nord. Je me suis dit: l’homme va gentiment s’asseoir, va partager un verre avec nous, va nous souhaiter la bonne soirée et va s’en retourner dans ses quartiers. Pour être honnête, j’aurais été pleinement satisfait de cela.

Or, il en fut tout autrement.

Bistro 1La tempête annoncée pour notre bien-aimée Rive-Sud n’avait pas les bras assez longs pour nous atteindre dans les Laurentides, ce qui ne veut pas dire que nous n’avons pas eu un certain lot de neige pendant notre traversée vers Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. À notre arrivée, Christian Rado, sommelier du Bistro à Champlain, nous a accueillis dans ce lieu chargé d’histoires, témoignage d’une époque où se procurer les grands crus de ce monde ne demandait pas d’hypothéquer et la maison, et le chalet. M. Rado, tout en élégance, rappelle ces majordomes au parler irréprochable, à la patience d’or.

Monique Nadeau est ensuite venue nous souhaiter la bienvenue et nous inviter à passer au salon avant d’informer M. Charest de notre arrivée. Le salon, orné d’oeuvres artistes et amis du couple, témoigne de leur passion pour la culture et les arts. Riopelle et Carson y font belle figure. D’ailleurs, il est important de noter que l’aventure du bistro à Champlain, dans ses origines, est un coup combiné du radiologue et de l’artiste peintre Riopelle. Champlain Charest s’est souvent lié d’amitié avec les artistes dont il admire le travail.

L’homme est descendu nous saluer et prendre l’apéro avec nous. Au départ, un verre d’Émotion des Terroirs, un délicieux bourgogne générique débordant de floralité de la main habile de Vincent Girardin. Au début, nous sommes peu loquaces, ce qui est parfaitement naturel, vu que nous ne nous étions jamais rencontrés. Bien vite, nous sommes passés au sujet qui nous intéresse, le vin, et là, nous avons eu plus de facilité à trouver nos mots: "Vous avez quoi, dans votre cave?", me demande-t-il… "Surtout de la Bourgogne et du Rhône, avec une quantité raisonnable de vins californiens, vu notre voyage de l’an dernier…" Monique Nadeau, sourire en coin, me dit alors: "Vous avez passé le test."

Monsieur Charest aime parler du vin, de ses rencontres, de ses trouvailles, mais il ne le fait pas comme le ferait n’importe lequel m’as-tu-vu; il a plutôt l’attitude du chasseur, en quête du meilleur spécimen, un satisfaction toute personnelle qui ne cherche pas d’écho dans l’admiration. Il se réjouit d’ailleurs quand il trouve des vins qui ont la trempe des grands, comme cet autre bourgogne de Simon Bize, du joli nom de "Les Champlains"; il jure que ce n’est pas la raison pour laquelle il l’a acheté, et y a qu’à goûter pour comprendre. Un bel élevage, richesse, minéralité, une profondeur peu fréquente dans les bourgognes d’entrée de gamme.

Champlain 1Nous sommes ensuite passés à table. Fait important à souligner: si le charme du bistro est champêtre, il n’en est rien de la cuisine, contemporaine, ancrée dans le terroir, orientée strictement vers les accords de saveurs, à l’intérieur même du mets comme avec le vin: le précepte que le grand vin doit être le roi de la tablée est ici respecté. C’est avec nos entrées que nous avons savouré un Kistler Les Noisetiers 2004 au sommet de sa forme. "C’est le bon moment", a déclaré M. Charest au sujet de ce vin. C’était là mon constat aussi: si vous en avez, buvez-le cette année. Il est magnifique.

Queylus 1Pour le plat principal (j’avais choisi le porcelet, avec sa peau croustillante, un délice bien juteux), Champlain Charest nous a suggéré un pinot noir issu d’un projet dans lequel il a investi, Queylus. Avant même qu’il ait mentionné quoi que ce soit sur le vin, je savais que j’avais affaire à la touche magique de Thomas Bachelder. L’expression indéniablement bourguignonne, la signature aérienne du vigneron ont séduit M. Charest, qui avoue s’être fait longtemps tirer l’oreille avant d’y investir: "Mais quand j’ai goûté, j’ai cédé", avoue-t-il.

Au fil du repas, la discussion a pris toutes sortes de tangentes, allant de la facilité de naguère à se procurer du Yquem ou du Pontet-Canet à la relation de Champlain Charest avec Riopelle: "Il n’était plus le même à la fin". Monique Nadeau parle avec grande émotion de l’oeuvre "Hommage à Rosa Luxembourg" lorsque j’amène le sujet: "C’était son testament. Il avait même, à l’origine, l’intention de l’installer ici." Mais comme l’oeuvre, un triptyque de 50 pieds X 50 pieds X 50 pieds, avait une envergure prodigieuse, il est vite devenu impossible de concrétiser la chose.

Nous avons terminé le repas par une crêpe suzette, sur laquelle Champlain Charest nous a suggéré un vin de glace de l’Okanagan de la maison Inniskillin, fait entièrement de chenin blanc. Le vin avait près de vingt ans déjà et n’avait pas une ride. Magnifique, opulent, prodigieusement équilibré.

On peut raconter ce qu’on veut sur l’âge et ses effets. Monsieur Charest est le premier à admettre qu’il n’a plus vingt ans: sa mémoire le turlupine, et de tous les maux du temps, c’est celui qui l’enquiquine le plus. Il reste que le regard de l’épicurien s’illumine à chaque occasion de découverte. Je connais une boucherie qui offre du boeuf wagyu et qui risque d’avoir de la grande visite un de ces quatre…

Cave 1Avant de quitter, j’ai demandé à voir la fameuse cave. Monsieur Charest a consenti spontanément à cette demande, et Christian Rado m’y a accompagné. Le propriétaire de cette majestueuse collection est venu nous y rejoindre, mais un peu à reculons: "Je ne viens plus jamais ici… Il y a trop de lumière." Champlain Charest fait référence à la disparition de nombreuses bouteilles, suite à sa transaction avec la SAQ. On aurait le coeur gros à moins. Il reste que de nombreux trésors y sont toujours présents, et tout passionné de vin qui se respecte devrait considérer le pèlerinage au Bistro à Champlain comme une obligation. Au moins une fois dans sa vie, et davantage il va sans dire. Il faut contribuer à la pérennité de la mission de l’établissement qui veille sur le lac Masson, un objectif à l’image du couple qui le dirige, simple, généreux, heureux: permettre à tous de boire une bonne bouteille de vin.

Le Sommelier Fou

 

 

Kistler 1I said I would do it, and I did. It implied that I would be able to get my hands on a bottle from Champlain Charest’s collection (which I did, I even got three of them). Then I had to convince the man to accept sharing a drink with Joe Nobody. So I dropped him a line to explain the promise I had made (mostly to myself) a while ago; his wife Monique responded quickly on his behalf, saying that my offer was accepted, that I could bring any of the bottles I had purchased. So I told Madame Fou to pack her bags, we were headed north. I said to myself: the man will come out f his quarters, share a glass with us, bid us good evening and retreat back to where he had come from. To be perfectly honest, I would have been happy with that.

But things did not quite go that way.

Bistro 1The storm that was forecast for our beloved South Shore did not have long enough arms to reach us all the way in the Laurentians, which is not to say that we did not get our share of snow on our journey to Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. When we arrived, Christian Rado, Bistro à Champlain’s sommelier, welcomed us in this place so full of stories, a testimony of a time when it was not necessary to remortgage your house and your cottage to purchase fine wines. M. Rado, as elegant as can be, reminds us of these butlers of yore, with his perfect enunciation and his patience of gold.

Monique Nadeau then came to greet us and invite us to go in the living room while she informed Mr. Charest of our arrival. The room is filled with paintings from artists and friends of the couple and proves their passion for culture and art. Riopelle and Carson are mostly featured. It’s a fact well worth noting that the bistro à Champlain, from its origin, is a joint effort by the radiologist and famed painter Riopelle. Champlain Charest often befriended the artists whose work he admired.

The man came down to have a glass with us and say hello. For starters, Émotion des Terroirs, a delicious Burgundy chock full of flowers from the apt hands of Vincent Girardin. At first, we are not very verbose, which is perfectly natural, seeing as we have never met. But that soon changed when we decided to talk about our common passion, wine: “What do you have in your cellar?", he asks… "Mostly Burgundy and Rhône, with a reasonable quantity of California wines, from our trip last summer…" Monique Nadeau, with an amused smirk, tells me: "I think you’ve passed the test."

Monsieur Charest loves to talk about wine, his encounters, his findings, but not in a way that any fame chaser would; he is more of a hunter, searching for the best specimen, more for self-satisfaction than for an echo of other people’s admiration. He rejoices when he stumbles upon a wine that’s got the stuff of the greatest, like this other white Burgundy, this one from Simon Bize, with the lovely name of "Les Champlains"; he swears he did not buy it for the name, and just a taste will convince you he’s telling the truth. Beautiful maturation, richness, minerality, depth you don’t find too often in entry-level Burgundy.

Champlain 1We then set ourselves to eat. Good to note: while the bistro has more of a country charm, the food in and of itself is more contemporary, anchored in the terroir, geared towards optimum harmony between the ingredients and the wine: the principle of letting the wine be the king of the table is respected here. it’s with our starters that we enjoyed a top-notch 2004 Kistler Les Noisetiers. "Now’s the right time", Mr. Charest declared about the wine. I could not have agreed more: if you have some, drink it this year. It’s magnificent.

Queylus 1For the main course (I had chosen the juicy piglet, with its crispy skin), Champlain Charest suggested a Pinot Noir from a winery he is investing in, called Queylus. Even before he had told me anything about the wine, I knew I was in the presence of Thomas Bachelder’s magic touch. The undeniable Burgundian expression with the aerial signature of the winemaker had conquered Mr. Charest, who admits to have had his arm twisted for quite some time before pitching in on this endeavour: "But then I had a sip, and I said yes."

As the meal went on, the discussion split into all kinds of segways, from the ease of way-back-when of purchasing bottles of Yquem or Pontet-Canet to Champlain Charest’s relationship with Riopelle: "He was not the same in the end". Monique Nadeau speaks with great emotion of the painter’s "Hommage à Rosa Luxembourg" when I bring it up: "It was his artistic will. At first, he even wanted it to be installed here." But since the painting, a triptych of 50 ft. X 50 ft. X 50 ft., is such an enormous work of art, it soon became impossible to make it happen.

We finished things off with a Crepe Suzette, on which Champlain Charest suggested an icewine from the Okanagan, made by Inniskillin, 100% Chenin Blanc. The wine was almost twenty years old and virtually wrinkle-free. Grandiose, opulent, incredibly balanced.

You can say what you want about the effects of age. Mister Charest will be the first to admit he’s not twenty anymore: his memory skills bug him, and of all the ailments that time brings, this, to him, is the most annoying. But the epicurean’s eyes fire up when he learns about a new discovery opportunity. I know a butcher who offers Wagyu beef that may very well receive a notorious visitor one of these days…

Cave 1Before leaving, I asked if I could see the cellar. Mr. Charest spontaneously agreed to my request, and Christian Rado accompanied me downstairs. The owner of this majestic collection joined us a bit later, and a bit against his will: "I don’t come here anymore… There’s just too much light." Champlain Charest refers to the disappearance of many bottles, following his transaction with the SAQ. Our hearts would break at less. The fact remains that many gems are still available, and any wine nut with a remote sense of self-respect should consider visiting the Bistro à Champlain as an obligation. At least once, obviously more than once. This will help in maintaining the mission of this Lac Masson institution, an mission very close to what its leading couple embodies, simplicity, generosity, happiness: allowing anyone to drink a good bottle of wine.

Le Sommelier Fou