Magic Tom – Bachelder the Grey

2014-07-02 17.04.04Lorsque Thomas Bachelder a annoncé, il y a déjà quelques années de cela à son départ du Clos Jordanne, qu’il se lançait dans une aventure vinicole avec sa conjointe Mary Delaney, projet dans lequel il allait explorer trois terroirs différents (la Bourgogne, l’Oregon et le Niagara) et leur interaction avec le chardonnay et le pinot noir, beaucoup de mes copains geeks du vin et moi étions excités. Je connaissais seulement son travail chez Clos Jordanne, d’autres le connaissaient de ses frasques chez Ponzi et chez Lemelson, dans l’Oregon, mais tous nous ressentions cette fébrilité à découvrir ce que ce magicien des cépages bourguignons allait nous concocter.

Il a commencé pépère, avec une cuvée de chaque région. Puis, au fur et à mesure que le projet a évolué, d’autres vins ont pointé le bout de leur quille: d’abord des parcelles uniques du Niagara, puis d’autres de l’Oregon; vinrent ensuite les pinots, eux aussi issus des trois régions de prédilection de Bachelder, puis des vignobles uniques, puis des appellations communales, puis des premiers crus… On allait du macro au micro. Bave sur le bord de la yeule.

Si pour Bachelder, le projet est clair, il n’en va pas de même pour ceux à qui il tente de le proposer de par le monde: « Quand on parle de moi comme d’un flying winemaker, je n’aime pas trop. » En effet, le terme n’est pas juste. Mais de trouver le mot exact pour définir ce qu’il fait l’enquiquine encore davantage que l’insuffisance de certains termes. Garagiste? Pas vraiment, il fait dans les petites quantités, certes, mais pas au point où les vins sont inaccessibles, encore moins caricaturaux. Micro-négociant? Voilà qui est exact, à défaut d’être excitant, ou vendeur.

Je lui ai suggéré « terroiriste », puisque le terroir est la prémisse de son oeuvre. Vous auriez dû le voir, découper sur l’endos d’une grande enveloppe, les différents terroirs qu’il exploite dans le Niagara: « Ici, c’est le Wismer Foxtrot… Tu traverses le chemin, là c’est où les policiers se cachent pour te coller une contravention, et juste en bas, c’est le Wismer Wingfield… Sur Foxtrot, j’ai vinifié le haut et le bas séparément; étonnamment, c’est le haut qui a montré plus de caractère… Si tu passes par le Niagara, tu verras… »

Ce n’est pas un flying winemaker qui saurait parler de ses terroirs avec autant de proximité. Alors, terroiriste, ça colle? Bachelder avoue y avoir pensé, mais il hésite à cause de la proximité d’un autre terme ô combien plus péjoratif. On est en effet à une lettre de la catastrophe. Reste que, à mon sens, ce projet d’interprétation de divers terroirs par Bachelder est exactement cela: du terroirisme.

2014-07-02 15.27.43D’ailleurs, quand il me fait goûter aux trucs qu’il a ramenés, certains flacons avec deux, voire un seul mois de mise en bouteille, il parle très peu de méthodes de vinification. Il va parler barriques (« jamais du neuf, que de l’usagé, et encore avec trois, quatre ans d’usage… »), mais va très peu s’avancer sur le reste. Ce qui le branche, c’est de parler d’où vient ce vin: « Tu vois, ce Johnson Vineyard, il n’a pas à rougir devant mes autres blancs. C’est une belle parcelle, possiblement un grand cru dans l’Oregon… » Cela semble présomptueux, mais quand on goûte, tout y est: matière, profondeur, maîtrise, art… Il s’extasie aussi quand il présente son Marsannay: « Celui-là, il va être classé premier cru bientôt, et je vais probablement le perdre à cause de cela. Mais compte sur moi pour trouver autre chose! »

Les mots, chez Bachelder, ont ce débit, cette fougue et cette énergie du jus fraîchement pressé, bourré de vie. Les idées s’y bousculent souvent de la même façon, d’ailleurs: Bachelder est volubile, passionné, passionnant, bien que pas parfaitement organisé; cela ne fait qu’ajouter au charme du personnage. En personne, Thomas Bachelder est ce génie attachant dont on s’imagine qu’il porte des chaussettes dépareillées par choix. Lors de notre rencontre, il n’en portait pas. Il parle au rythme effréné de ses idées, comme forcé d’y obéir. C’est ce qui me séduit, personnellement, chez les faiseux de vin, et c’est précisément là-dedans que je me reconnais: dans cette incapacité à résister à une bonne idée.

Car le projet de Bachelder, aussi demandant soit-il, est une excellente idée. D’un point de vue économique, les vins demeurent relativement accessibles (un pinot noir de la péninsule du Niagara sera bientôt disponible en importation privée, au Québec, autour de 26$), mais leur valeur éducative, voire ludique, est inestimable. On veut essayer de comprendre le terroir? Quoi de mieux que de prendre trois vins, faits avec le même cépage, la même année, par le même mec, à trois endroits différents? Après, quand on se sent pro, on pousse l’exercice plus loin, car Thomas Bachelder, avec son rythme de lapin Energizer, a déjà une vingtaine de vins à son actif, et il ne montre aucun signe de ralentissement. Autre indicateur du rythme fiévreux de son esprit: ses cheveux gris. Mais encore, cela ajoute à l’image de savant fou, voire de mage.

De tous les vins que j’ai dégustés pour l’occasion, plusieurs me sont restés en mémoire, mais si je dois choisir de vous guider vers les plus fascinants d’entre eux (et, cher lecteur, je le dois), je vous suggérerais de vous rabattre sur les vins suivants, quand ils arriveront sur les tablettes de la SAQ ou sur le marché des importations privées, via les bons soins de la Société de Vins Fins:

NuitsNUITS-SAINT-GEORGES LA PETITE CHARMOTTE 2012

Lors de ma dégustation, le vin avait encore une certaine dose de CO2 dans le corps, mais montrait un fruit net, pur, ainsi que d’intrigantes notes ferreuses. La feuille de vigne présente en arrière-plan montrait une promesse de grande complexité avec une décennie d’âge. Plus soutenu encore que son prédécesseur.

CHARDONNAY JOHNSON VINEYARD 2012

L’Oregon avec une précision jusque là inégalée. Juste ce qu’il faut encore de timidité pour se laisser désirer sur les huit à neuf années qui viennent. Un fruit qui montre toute la capacité de l’Oregon, et une ligne minérale qui soutiendra l’ensemble avec aisance. Un must.

ALIGOTÉ 2013

Ce vin m’a bluffé, et pas seulement parce qu’il faisait chaud comme dans le cul d’un ours ce jour-là. Encore là, netteté, précision, pureté sont au rendez-vous. Et en plus, il étanche la soif comme pas un. Vous devez vous dire que c’est con que je vous recommande un aligoté alors que le mec fait d’aussi bons chardonnay et des pinot noir d’une grande finesse, et pourtant. Ce n’est d’ailleurs pas dit que je ne vous reparlerai pas de ce vin en décembre prochain.

MARSANNAY 2012

Du lot de ceux dont j’ai tâté ce jour-là, c’est le mastodonte, la bête de somme faite pour la longue garde et le plaisir contemplatif. Le vin qui vous fait arrêter de parler, où tout se trouve. C’est un vin qui vous fera croire à la minéralité, tant décriée par les puristes. La parcelle dont il est issu, le Clos du Roi, est en passe d’être promue au rang de premier cru. Avec raison.

Vous trouverez ci-bas les notes de dégustation de tous les vins que j’ai dégustés lors de cette occasion, ainsi que les millésimes courants de certains produits de la gamme Bachelder. Merci à la Société de Vins Fins et à David Laviolette pour cette gracieuse invitation à faire un trip de wine geek. Et merci, Thomas, de suivre ta douce folie.

Next stop, Champagne? On jase, là…

Le Sommelier Fou

Beaune Les Longes Chardonnay 2010

Bourgogne Aligoté Champs Pernot 2013

Bourgogne Chardonnay 2011

Chardonnay Johnson Vineyard Yamhill-Carlton District 2012

Chardonnay Niagara Peninsula VQA 2011

Chardonnay Willamette Valley 2011

Chardonnay Willamette Valley 2012

Chardonnay Wismer Vineyard Twenty Mile Bench VQA 2011

Côte de Nuits Villages Aux Montagnes 2012

Marsannay Clos du Roi 2012

Nuits-Saint-Georges La Petite Charmotte 2012

Pernand-Vergelesses premier cru Creux de la Net 2011

Pinot Noir Johnson Vineyard Yamhill-Carlton District 2011

Pinot Noir Lowrey Vineyard St. David’s Bench VQA 2012

Pinot Noir Niagara Peninsula VQA 2012

Saint-Véran Les Châtaigners 2012

Savigny-lès-Beaune Les Bas Liards 2012

 

2014-07-02 17.04.04When Thomas Bachelder announced, a few years ago as he was leaving Clos Jordanne, that he and his wife Mary Delaney were embarking on a winemaking adventure where they would explore three different terroirs (Burgundy, Oregon and Niagara) and their interactions with Chardonnay and Pinot Noir, a lot of my wine geek friends, as well as I, were pretty ecstatic. I only knew Bachelder’s work with Clos Jordanne, other knew him from his stints at Ponzi and Lemelson in Oregon, but we were all anxious to see what this wizard of the noble Burgundy grapes was going to pull off.

He started things slowly with the Chardonnays, one from each region. And as the project evolved, more and more wines were released, starting with some single vineyard issues from Niagara, then others from Oregon; then came the Pinots, also from each of Bachelder’s chosen sites, then some single vineyards and some communal appellations, then some premiers crus… We were going from macro to micro, drooling all over the place the whole time.

If for Bachelder, this project is self-explanatory, not everyone he talks to about it seems to get it: « When I’m referred to as a flying winemaker, I don’t quite like it. » As a matter of fact, the term is inaccurate. But to find the proper term to define what he does annoys him even more than to not be properly defined by others. Garagiste? Not quite; sure, he makes small quantities of his wines, but not to the point where they are inaccessible, or even a caricature of what they should truly represent. Micro-merchant? That’s almost exact, albeit not compelling.

I suggested « terroiriste », seeing as terroir is the cornerstone of his work. You should have seen him, doodling at the back of an envelope, cutting it between the different vineyards he sees to in the Niagara Peninsula: « So this is Wismer Foxtrot… Then you cross the road, here you have where the cops hide to give you a ticket, and just underneath there, that’s Wismer Wingfield… On Foxtrot, I fermented the top of the plot separate from the bottom; surprisingly, the top part had more character… If you come by Niagara, I’ll show you… »

You would not hear a flying winemaker speak of terroirs with such proximity. So, terroiriste, what do you say? Bachelder admits having thought about the term, but hesitates because it’s one letter away from another, much more negative term. Yes, we’re one letter short of catastrophe. The fact remains, though, that this terroir exploration project Bachelder embarked on is exactly that: du terroirism.

2014-07-02 15.27.43In fact, when he gets me to taste the wines he brought, some of them with two, even a single month in bottle in some cases, he says very little about the winemaking process. He talks about barrels (« never new, always seasoned, and even with three, four years of usage… »), but says nothing about the rest. What really gets him going is talking about where the wine comes from: « You see this Johnson Vineyard? My other whites have nothing on it. It is such a great lot, quite possible an Oregon first growth… » It might sound presumptuous, but when you taste it, it’s all there: body, depth, mastery, art… He gets just as excited about his Marsannay: « This one will probably get promoted to premier cru soon, at which point I will probably lose it. But count on me to find something else! »

Words with Bachelder have this feverish flow, the energy of freshly pressed juice, loaded with life. Ideas bounce about in the same frantic manner: Bachelder is verbose, passionate, inspiring, if not entirely organised in thought; this only adds to the character’s charm. In person, Thomas Bachelder has this aura of the slightly mad scientist who would purposefully wear mismatched socks. When we met, he wasn’t wearing any. He speaks at the firing pace of his ideas, enslaved by them in some way. This is what I dig about wine people, and where I really see a bit of myself, in this sheer incapacity to resist a good idea.

Because Bachelder’s project, as demanding as it is, is an excellent idea. For an economic perspective, the wines remain fairly accessible (a Niagara Peninsula Pinot Noir will soon be available in Quebec through private import, at the sweet price point of 26$), but educationally speaking, they are invaluable. You would like to understand terroir? What better way than to take three wines, made from the same grape, in the same year, by the same guy, from three different places? Then, as you feel more like a pro, you kick it up a notch, because Thomas Bachelder’s and his Energizer bunny pace, with already twenty wines out, shows no signs of slowing down. Another indication of his mind’s drag racing rhythm: his grey hair. But then again, that only adds to the wizardly, mad scientist persona.

Of all the wines I tasted on the occasion, many stayed with me long after, but if I have to choose and guide you to the most fascinating of them (and, dearest reader, I must), I would suggest you run to the following wines as soon as they hit the SAQ shelves or once they become available as private imports through the good help ofSociété de Vins Fins:

NuitsNUITS-SAINT-GEORGES LA PETITE CHARMOTTE 2012

When I tasted it, the wine still had a bit of CO2 about it, but was showing clean, pure fruit, as well as some intriguing iron notes. The vine leaf in the background was showing great promise with about a decade of cellaring. More sustained than its 2011 predecessor.

CHARDONNAY JOHNSON VINEYARD 2012

Oregon with unequalled precision. Just shy enough still so that you will agree to wait for it for another eight to nine years. The fruit shows Oregon’s tremendous potential, and a mineral thread that supports the ensemble with great ease. A must.

ALIGOTÉ 2013

This wine completely fooled me, and not just because that day was as hot and mucky as a bear’s butt. Once again, cleanliness, precision and purity are what come through. And it will quench your thirst like no other. It might seem a bit foolish to recommend an Aligoté knowing that the guy makes Chardonnays and Pinot Noirs with such finesse, but it is what it is. Who knows if I will not be talking about this wine again in December?

MARSANNAY 2012

Of all the wines I tasted on that day, this was the pachyderm, the beast built for the long haul and contemplative drinking. The wine where everything is in its right place, the wine that makes you shut up. This wine will make you a minerality believer, if you are not one already. The Clos du Roi lot from where it comes is about to be promoted to premier cru status, with good reason.

Further down, you will find my tasting notes for all the wines I tried on the occasion, along with other products currently available from the Bachelder line. Many thanks to Société de Vins Fins and to David Laviolette for this gracious invite to realize a wine geek’s dream. And thank you, Thomas, for living this mad dream of yours.

Next stop, Champagne? We’re just talking, here…

Le Sommelier Fou

Beaune Les Longes Chardonnay 2010

Bourgogne Aligoté Champs Pernot 2013

Bourgogne Chardonnay 2011

Chardonnay Johnson Vineyard Yamhill-Carlton District 2012

Chardonnay Niagara Peninsula VQA 2011

Chardonnay Willamette Valley 2011

Chardonnay Willamette Valley 2012

Chardonnay Wismer Vineyard Twenty Mile Bench VQA 2011

Côte de Nuits Villages Aux Montagnes 2012

Marsannay Clos du Roi 2012

Nuits-Saint-Georges La Petite Charmotte 2012

Pernand-Vergelesses premier cru Creux de la Net 2011

Pinot Noir Johnson Vineyard Yamhill-Carlton District 2011

Pinot Noir Lowrey Vineyard St. David’s Bench VQA 2012

Pinot Noir Niagara Peninsula VQA 2012

Saint-Véran Les Châtaigners 2012

Savigny-lès-Beaune Les Bas Liards 2012