Harmonie du soif à Gatineau – Chez Véro’s

2015-02-07 19.38.39Madame Fou et moi avions beaucoup de peine à reconnaître l’Outaouais quand l’autoroute 50 s’y est échouée; il y avait neuf ans depuis notre dernière présence dans cette région, du temps où nous y vivions nos premiers mois de vie de couple. Certains de nos lieux préférés étaient disparus, d’autres y étaient toujours, dont certains avec un nouveau nom. Cependant, il est fascinant de voir à quel point le cerveau est résilient et comment il peut ramener à la surface des choses qui vous semblaient oubliées à jamais.

Ainsi, j’avais complètement oublié la configuration originale du Twist, un shack à burger de la rue Montcalm, dans l’arrondissement Hull, qui vivait ses dernières années lorsque j’habitais le quartier. Le seul souvenir qui me restait de cet endroit, c’est de boire un vin maison absolument médiocre pendant que mon directeur musical m’explique comment va se dérouler la répétition de pré-production de mon premier album. Ne cherchez pas l’album pour rien, il n’a jamais vu le jour. Et je ne suis jamais retourné au Twist. Jusqu’au 7 février dernier, où j’y ai mis les pieds une nouvelle fois, mais dans sa nouvelle incarnation, Soif, le bar à vin de la vice-championne du concours du meilleur sommelier du monde, Véronique Rivest.

2015-02-07 19.16.31« Vous êtes présentement assis dans l’ancien portique », qu’elle nous dit, et même si je n’ai aucune raison de croire qu’elle me niaise, l’image ne me revient pas. L’endroit est méconnaissable, chaleureux, aussi accueillant que sa bienveillante tenancière: les murs sont couverts d’un revêtement de liège, l’éclairage tamisé, mais pas au point ou tu te cherches les doigts au bout des mains, et la musique juste à point pour notre génération en déni de sa jeunesse en decrescendo… Bowie, les Rita Mitsouko, Indochine, Philippe Katerine… Les traces du Twist sont disparus, mis à part la mention « BAR », en jaune fluo de bande dessinée, qui trône toujours sur la devanture du bâtiment, comme pour permettre à mon cerveau de faire un lien avec le passé, pour me rassurer… Oui, tu as bel et bien déjà été ici.

Nous voilà donc, Madame Fou et moi, assis dans notre portique (probablement la table la plus intime de l’endroit), dans un spot idéal pour observer la clientèle de l’endroit, un mélange de jeunes, hédonistes dans l’âme et friands des grands formats, des personnes plus âgées, tout aussi hédonistes mais peut-être plus précises dans leurs besoins et désirs (pas de temps à perdre, comme disait l’autre), et des tables multigénérationnelles, ou fille, mère et grand-mère s’échangent les verres, hument, goûtent, discutent, mangent…

2015-02-07 20.49.56Et d’une table à l’autre, Véronique Rivest se déplace, discute avec tout le monde, pose des questions, écoute, échange… Une hôtesse hors pair, qui fait attention à tout le monde, mais avant tout une patronne rêvée, parce qu’elle ne passe pas le plus clair de son temps à surveiller son équipe, leur dire comment faire ceci, faire cela… Bien sûr, elle jette un oeil de temps en temps, sur les interactions de ses serveurs, mais elle ne s’interpose pas, elle fait confiance. Il faut dire qu’elle a bien choisi son équipe, jeune mais non sans expérience, pourvue d’une certaine expertise et surtout de cette dose essentielle d’émerveillement pour cette satanée chose qu’est le vin. Notre serveur principal, Gabriel, est dans la mi-vingtaine (du moins, c’est notre supposition), mais il a vu neiger et il connaît la carte. Sa voix de stentor porte, mais n’envahit jamais. Je suis persuadé que, si nous lui avions demandé son avis, il aurait avec plaisir fait des recommandations judicieuses, mais chez Soif, on laisse le client se fier à son instinct ou ses connaissances, c’est selon. On ne se met pas dans le chemin de sa découverte.

« Un sommelier qui fait une carte pour un resto ne peut pas seulement se fier à son goût personnel » nous dit Véro, alors qu’elle a le nez dans l’un de mes verres (rien ne l’arrête); en effet, il/elle doit tenir compte du menu, de la clientèle ciblée et d’autres facteurs selon l’endroit où se trouve l’établissement. « Mais comme c’est mon bar, ce sont des vins que j’aime », se réplique-t-elle à elle-même, le sourire en coin. Il va sans dire qu’elle se soucie tout de même de ses clients, consciente que sa carte pourrait accueillir davantage d’entrées du Nouveau Monde. Ça viendra avec le temps, se confie-t-elle. Mais la carte des vins, telle qu’elle est, est une invitation à passer dans un autre paradigme, de goûter au-delà de la convention, et cela en toute confiance, sachant que chaque vin a été choisi par l’un des meilleurs palais du monde.

2015-02-07 19.17.02Pour ce qui est de la nourriture, tout y est servi en format tapas/mezze/onestpasàlacageauxsportsicitteesti. J’ai lu des critiques dans lesquelles on disait que, sans être chiches, les portions suggérées étaient trop chères. J’aimerais simplement dire que ça ne fut pas mon expérience. Madame Fou et moi ne nous sommes privés de rien, nous avons à nous deux goûté à dix vins en tout et une demie-douzaine de plats sont passés sur notre table. Nous nous en sommes tirés à moins de 75$ chacun. Donc, il y a moyen de faire plus modeste et frugal encore: plusieurs vins sont disponibles au verre, en format deux onces et quatre onces, à des prix variant de cinq à onze dollars. Plus important, nous ne sommes pas sortis de là le ventre à terre, tordus de douleur parce qu’ayant trop mangé, et nous ne nous sommes pas réveillés décrissés le lendemain car nous avions abusé du jus de la treille. La formule est faite ainsi parce que c’est ça, un vrai bar à vin: le plaisir complet sans la conséquence des excès.

Madame Fou s’est rappelée une soirée que nous avions vécue, du temps de notre séjour dans le quartier, où nous avions roulé dans les rues de Hull, à dix heures le soir, à la recherche désespérée d’une poutine, en vain. Si Soif avait été là à l’époque, nous n’aurions pas cherché, et nous aurions opté pour un verre de vin, avec une planche de légumes et des éperlans frits. En fait, si Soif avait existé il y a neuf ans, nous serions peut-être encore dans le quartier.

2015-02-07 20.16.19Vers les neuf heures, Véronique Rivest est venue nous souhaiter bon anniversaire et bonne nuit. Elle rentrait chez elle, autre marque de sa confiance inconditionnelle en son équipe. Trente minutes plus tard, elle était toujours là, sans avoir l’air de quelqu’un qui cherche son manteau. Madame Fou s’est rappelé un mot de Louis-José Houde, qui disait que son père lui avait expliqué le moyen parfait de savoir si tu faisais le travail que tu es supposé faire dans la vie. Une simple question pour le déterminer: ce que tu fais, le ferais-tu gratis?

Véronique Rivest a poussé les frontières de la sommellerie mondiale en devenant la première femme à s’inviter sur le podium du meilleur sommelier du monde, et la voici, à Gatineau, dans son propre bar. Il n’y a qu’à la regarder aller pour comprendre que c’est là qu’elle voulait se retrouver, et sans lui avoir demandé, je suis persuadé qu’elle ne voudrait pas que les choses soient autrement.

Vous trouverez, sous ma signature, les notes de dégustation des vins que nous avons choisis lors de notre visite. Il n’y a aucune garantie que ces vins s’y trouveront quand vous visiterez le bar à vins de Véronique Rivest (et vous devriez), mais cela vous donnera tout de même une idée du ton et, j’ose espérer, vous donnera soif.

2015-02-07 19.39.41Le Sommelier Fou

Cinque Campi La Bora Lunga Bianco Dell’Emilia IGP 2012

Crémant du Jura Brut André et Mireille Tissot (N/M, N/V)

Fronton Domaine Le Roc La Folle Noire d’Ambat 2012

IGP Alpes Maritimes Domaine Hautes Collines de la Côte d’Azur Cuvée du Pressoir 2011

IGP Aude Jean-Baptiste Sénat Arbalète et Coquelicots 2013

IGP Collines Rhodaniennes Julien Pilon Mon Grand-Père Était Limonadier 2013

IGP Côtes Catalanes Olivier Pithon Cuvée Laïs 2012

Jurançon Uroulat 2011

Pierre Frick Sylvaner Bergweingarten 2004

Raventos i Blanc de Nit Conca del Riu Anoia VCPRD 2011

 

2015-02-07 19.38.39Madame Fou and I had a hard time recognizing the Outaouais when Highway 50 let us crash on its shore; it had been nine years since our last presence in this region, way back when we were living together for the first time. Some of our favourite spots were gone; others were still there, some with a different name. However, it is fascinating to see just how resilient the brain is and how it can summon things you thought you could never remember back to your memory.

And so I had completely forgotten the Twist’s original layout, Hull’s famous burger shack on Montcalm Street, a restaurant that was in a steady decline when I was living there. The only memory I have left from this place is drinking their shitty house wine, listening to my musical director telling me how the pre-production rehearsals for my upcoming album were going to be run. Don’t look too hard for that album, it was never released. I never went back to the Twist afterwards, that is until last February 7th, where I went again to discover the building’s new incarnation, Soif, a wine bar by the vice-champion of the World’s Best Sommelier competition, Véronique Rivest.

2015-02-07 19.16.31« You’re actually sitting in what used to be the entrance », Véronique says, and even though I have no reason to believe she is taking me for a fool, I have no recollection of the place before. It’s completely transformed, warm and welcoming just like its owner: the walls are covered with a cork membrane, the lighting is dim, but not to the point where you can’t see your own hands, and the music is perfect for our generation and its denial of their youth in decrescendo… Bowie, Rita Mitsouko, Indochine, Philippe Katerine… Traces of the Twist are long gone, with the exception of the bright yellow « BAR » sign you can still see on the front of the building, left there almost on purpose, to help my brain cope with all the change from my surroundings… Yes, dude, you were here before.

So here we are, Madame Fou and yours truly, sitting at our former entrance table (has to be the most intimate table in the place), the ideal spot to quietly observe everyone else’s table, a mix of young hedonists that like to get their food and big bottles on, older people, just as pleasure-prone, but maybe a little more precise about their desires and needs (not a second to waste), and multigenerational tables, where daughters, mothers and grandmothers share glasses, smell, taste, talk, eat…

2015-02-07 20.49.56And from one table to the next, there goes Véronique Rivest, chatting with her clientele, asking questions, listening, exchanging… A host with no equal, who takes care of everyone, and a dream boss, it seems, because she is not looking over her staff’s shoulder constantly, telling them how to do this and that… Of course, she keeps her eye on things, on her staff’s interactions with patrons, but she does not step in, she trusts. She did put together a strong team, young but not without experience, with a good expertise but, more importantly, that twinkle in the back f the eye for that crazy little thing called wine. Our waiter, Gabriel, must have been in his mid-twenties (at least, that’s our supposition), but this is not his first rodeo, and he knows his wine. He has an imposing, strong voice, but it is not invasive. I am convinced that, had we asked him for his advice, he would have gladly made appropriate recommendations, but chez Soif, we allow the customers to trust either their knowledge or their guts, depending of which one you have the most. There’s nothing between the customer and his/her desire for discovery.

« A sommelier who puts together a list for a restaurant can’t trust his sole taste » says Véro, as she has her nose up one of my glasses (nothing stops her); in fact, a sommelier must take the menu into account, the target clientele and many other factors, depending on the location. « But this is my bar, and these are the wines I love », she replies to herself, with a smirk. Obviously, she has her client’s best interest in mind, and she is fully aware her wine list could use a little more New World entries. It will come in due time. But as is, this wine list is an invitation for a good paradigm shift, to taste beyond acquired ideas, all of this in full confidence, knowing that each and everyone of these wines has been chosen by one of this world’s finest palates.

2015-02-07 19.17.02As for the food, everything is served tapas/mezze size. I have read some critics in which it was mentioned that, while not being ridiculously small, the suggested portions were ridiculously small. Honestly, this was not my experience. Madame Fou and I did not back away from anything we wanted, we tasted ten wines in all and a half-dozen plates passed on our table. We ended up paying less than $ 75 each. And it’s possible to be even more modest and frugal: many wines are available by the glass, in two-ounce and four-ounce formats, at prices between five and eleven dollars. But more importantly, we didn’t walk out of there with our bellies rubbing the pavement, in pain for having eaten too much, and we did not wake up poopfaced the next morning because we had had too much grape juice. This is how a real wine bar works: total pleasure, none of excess’ unpleasant consequences.

Madame Fou recalled an evening we spent, way back when we were living in that area, where we drove around the streets of Hull, at ten in the evening, looking to no avail for a poutine. Had Soif been around at the time, we wouldn’t have driven around, a glass of wine, a vegetable plancha and some fried smelt would have been perfect. Maybe, just maybe, had Soif been around nine years ago, we would still be living there.

2015-02-07 20.16.19Right around nine o’clock, Véronique Rivest came to our table once more, to wish us a happy anniversary and to say her goodbyes. She was going home, another sign of her absolute trust in her staff. Thirty minutes later, though, she was still around, and she did not look like she was wondering where she had left her coat. Madame Fou thought of a word by comedian Louis-José Houde, who was sharing a life lesson his dad had taught him about figuring out if you were in the right line of work. One simple question to settle the score: what you are doing, would you do it for free?

Véronique Rivest has pushed the boundaries of worldwide sommellerie by becoming the first woman to make a podium at the World’s Best Sommelier competition, and yet here she is, in the heart of Gatineau, running her own bar. You need only look at her go to see that this is where she meant to be all along, and even without having asked her, I am sure she would not want it any other way.

Under my signature, you will find tasting notes for the wines we chose on this special occasion. While there is no guarantee that these wines will still be on the list when you visit Véronique Rivest’s establishment (and you should), but it will give you an idea of the tone of the list and, I hope, make you thirsty.

2015-02-07 19.39.41Le Sommelier Fou

Cinque Campi La Bora Lunga Bianco Dell’Emilia IGP 2012

Crémant du Jura Brut André et Mireille Tissot (N/M, N/V)

Fronton Domaine Le Roc La Folle Noire d’Ambat 2012

IGP Alpes Maritimes Domaine Hautes Collines de la Côte d’Azur Cuvée du Pressoir 2011

IGP Aude Jean-Baptiste Sénat Arbalète et Coquelicots 2013

IGP Collines Rhodaniennes Julien Pilon Mon Grand-Père Était Limonadier 2013

IGP Côtes Catalanes Olivier Pithon Cuvée Laïs 2012

Jurançon Uroulat 2011

Pierre Frick Sylvaner Bergweingarten 2004

Raventos i Blanc de Nit Conca del Riu Anoia VCPRD 2011