La valeur d’un nom – The value of a name

Je dois d’abord vous servir un avertissement: si ce billet traitera de Francis Ford Coppola et de son domaine Inglenook, vous n’y trouverez aucune référence vaseuse au Parrain: pas de jokes plates d’offre qu’on ne peut refuser ou de clin d’oeil douteux à des têtes de cheval malencontreusement oubliées dans un lit. Y a toujours bien des limites.

Photo: weimax.com

Photo: weimax.com

Quand les représentants commerciaux recommencent à tourner avec les vins de la maison Inglenook dans les restaurants, ils se heurtent à un phénomène un peu étrange, mais parfaitement explicable. On les invite à s’installer à une table, afin de sortir leur gréement, en attendant que quelqu’un vienne goûter. Puis, après quelques instants, on leur envoie… le chef cuisine. Interloqués, les représentants demanderont des explications. « Ben, c’est Inglenook, non? C’est pour cuisiner? »

Cette anecdote démontre à elle seule la chute de réputation subie par Inglenook, le domaine historique de la vallée de Napa, que Gustave Niebaum sculptera de ses mains dès 1879, au cours d’une période plus sombre où ne tirait de la piquette de ce fabuleux terroir de Rutherford. Sous l’égide de Niebaum et, plus tard, de John Daniel, le domaine parviendra à produire des vins de réputation mythique. Ensuite, une période sombre marquera l’histoire du domaine, période pendant laquelle la phrase qui sert officieusement de devise à Inglenook, « Pride, not profit », a été mise de côté par les nouveaux propriétaires.

Photo: sfgate.com

Photo: sfgate.com

C’est à la fin des années 1970 que Francis Ford Coppola s’amène dans le décor, en achetant le domaine avec les profits de ses deux premiers films de la trilogie du « Parrain ». Il n’achètera cependant pas le nom Inglenook, pour l’instant, et rebaptisera le domaine Niebaum-Coppola, en l’honneur de son fondateur.

Pendant des années Coppola travaillera d’arrache-pied à rétablir la réputation du domaine, en produisant des vins de qualité. La route sera longue, comme le démontre l’anecdote au début de cet article. Mais c’est sans compter sur l’acharnement du cinéaste devenu vigneron. De plus, son plan est tout tracé: ramener Inglenook au niveau de grand domaine de la vallée de Napa. Puis, quand le moment sera venu, remettre la main sur la marque déposée et ses logos affiliés. L’immense réputation du domaine, plus les trente années qui séparent l’acquisition de ce dernier et l’achat des marques déposées y étant rattachées, feront en sorte que cette vente d’images, de lettres et de noms sera plus chère que celle des quelque mille cinq cent acres d’origine.

Comme quoi quand Monsieur Coppola a une idée en tête, il ne l’a pas dans le derrière.

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Vincent Valverde, vice-président aux ventes, VP sales, Inglenook

Vincent Valverde, vice-président aux ventes, VP sales, Inglenook

J’ai eu la chance de me glisser dans une dégustation privée des vins de la maison Inglenook, commentée par le vice-président aux ventes, Vincent Valverde. Au menu, une déclinaison des quatre vins de ce splendide château californien, sous différentes millésimes. Nous avons d’abord tâté du Blancaneaux, un assemblage de marsanne, roussanne et viognier assez complexe, mais peut-être pas assez vibrant au goût de votre humble serviteur. Il y avait de la minéralité, mais on en aurait voulu un poil plus. Vinrent ensuite deux millésimes du zinfandel d’Inglenook, le Edizione Pennino, un zin plein de bon sens, juste assez joufflu, sans l’exagération typique de certains exemples sortant de Lodi, juteux à souhait, très agréable.

Nous avons terminé cette visite par les deux rouges-phares de la maison: d’abord, le bourru Cask, aux épaules bien carrées, mais non sans une certaine prestance – notre hôte le comparera d’ailleurs à John Wayne, une image fort à propos – qui le fera se tenir debout devant un bon repas, particulièrement si une viande rouge bien saignante et épicée est à l’honneur. Pour finir, le grand Rubicon, un Napa Cab à la lettre qui se distingue de son petit frère pas son élégance, sa souplesse, sa suavité, et ce même dans un millésime très jeune où il demeure somme toute fermé. Nous avons toutefois été en mesure de juger de son amplitude avec un 2008, le dernier à avoir arboré le look pré-récupération des images Inglenook, qui montrait un début d’ouverture savoureux et excitant pour l’avenir.

Les plus récents millésimes des vins d’Inglenook seront bientôt disponibles au Québec, si ce n’est déjà le cas, via les bons soins de Trialto, agence que je remercie ici de m’avoir invité à cette totale fort instructive et satisfaisante. Merci aussi à Vincent Valverde pour sa générosité et son temps post-dégustation. Voici mes notes de dégustation sur les vins à l’honneur lors de cette soirée.

Blancaneaux: 20102012

Edizione Pennino: 20092011

Cask: 20092011

Rubicon: 200820092010

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WSET Diploma, les boys? ;)

WSET Diploma, les boys? ;)

Je vole un peu d’espace de ce billet pour vous parler d’une visite récente que j’ai faite au Lauréa, le nouveau restaurant sis rue Laurier dans les anciens locaux de la légendaire rôtisserie reprise brièvement par Gordon Ramsay et un groupe d’investisseurs.

Je ne vais presque plus à ces invitations de masse, où plusieurs blogueurs et autres influenceurs sont réunis pour découvrir un nouvel endroit, et j’écris encore moins de compte-rendu là-dessus, parce que je trouve que le message se noie.

Est-ce que j’ai aimé le Lauréa? Beaucoup, même si on a probablement mis le paquet pour cette soirée spécifique. Je ne doute pas que l’on mange aussi bien n’importe quel autre soir ordinaire. De plus, au-delà du hype autour de sa victoire à l’émission Les Chefs, il est clair que Hakim Chajar n’est pas un feu de paille. Son travail est intéressant.

Si j’y suis quand même allé, c’est pour rendre hommage au travail de mes deux amis, Jean Benoît Hinse et Fred Fortin, qui voient aux bons soins portés aux divers liquides servis dans la maison. Ces deux sommeliers au palais fin font des choix fort judicieux et savent s’émouvoir devant un vin qui en donne. J’ai eu la chance de lire la carte des vins, pendant un moment tranquille de la soirée; vous ne serez pas en reste si vous y allez: la carte se décline en une multitude de flacons fabuleux.

Oui on a bu des bonnes choses, ce soir-là. Lesquelles? Regardez ci-bas, vous trouverez.

Vouvray Vigneau-Chevreau Clos Baglin Première Trie 2003

André Kleinknecht Riesling 2012

Produttori del Barbaresco Barbaresco DOCG 2009

Maury Clot de l’Origine 2011

Le Sommelier Fou

I must first serve a warning: while this article will talk about Francis Ford Coppola and Inglenook, you will not find any dubious reference to the Godfather: no dumb jokes about offers you can’t or horse heads absent-mindedly left behind. There are limits even I won’t cross.

Photo: weimax.com

Photo: weimax.com

When Inglenook’s sales reps started touring the restaurants again with the wines, they faced a rather weird, yet perfectly explainable phenomenon. They are invited to settle their things down at a table, get their jam ready while someone is fetched to join them and taste. Then, after a few moments, here comes… the chef. Reps, rather puzzled, ask for some explanation, to which they get: « Well, you’re with Inglenook, right? These are cooking wines… »

This anecdote alone shows the prodigious drop in quality Inglenook wines had suffered, going from the historic Napa Valley domain founded from 1879 by Gustave Niebaum, to a plonk-producing Rutherford plot. Under Niebaum’s command and, later on, John Daniel’s, the winery is able to produce wines of mythical repute. Then, a dark period will plague the domain, a time during which the winery’s famed motto, « Pride, not profit », will be sort of overlooked by the new ownership.

Photo: sfgate.com

Photo: sfgate.com

During the second half of the Seventies, Francis Ford Coppola gets on stage and buys the winery’s acreage with profits from the first two instalments of his « Godfather » trilogy. However, he does not get the rights to the Inglenook name, at least not yet, and renames the winery Niebaum-Coppola, to pay tribute to its founder.

For years on, Coppola will work hard to re-establish the winery’s reputation, by producing high-quality wines. The road is long, as the story told earlier clearly demonstrates. But that’s not taking into account Coppola’s determination and patience. In fact, his plan is already traced: to bring Inglenook back on top of Napa Valley fame, and when the moment comes, to recuperate the trademark and logos. The immense reputation the domain will have gained, added to the thirty years that separate the acquisition of the winery and the acquisition of the namesake, make it so that this transaction for a name, letters and images will be more expensive than the purchase of the winery itself in the end.

Which goes to show you that when Coppola has one thing on his mind, he doesn’t let go.

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Vincent Valverde, vice-président aux ventes, VP sales, Inglenook

Vincent Valverde, vice-président aux ventes, VP sales, Inglenook

I was given the privilege of attending a private tasting of Inglenook wines, commented by Vincent Valverde, vice-president of sales for the winery. On the menu: a display of this California château’s best wines, under different vintages. We were first introduced to Blancaneaux, a rather complex blend of Marsanne, Roussanne and Viognier, if maybe lacking a certain vibrancy to your truly’s taste. There was indeed minerality, but I would have liked a bit more. Then came two different vintages of Inglenook’s Zinfandel, Edizione Pennino, a good no-nonsense Zin, just cheeky enough, without the textbook Lodi over-the-top exuberance, juicy and pleasant, just the way I like it.

We finished it off with the winery’s two flagship reds: first off, the surly Cask, big-shouldered, but not without dignified demeanour – our host very aptly compared it to John Wayne – that should allow it to stand up to a good meal, especially if it involves a are, spicy piece of red meat. For the grand finale, Rubicon, a textbook Napa Cab that separates itself from its brother by its elegance, suppleness, suavity, even in a rather young vintage that remains somewhat closed. We were treated to a nice surprise with the 2008 vintage, the last pre-Inglenook name recuperation vintage, which was showing first signs of opening up and lots of good things coming in its future.

Inglenook’s most recently released vintages will soon be made available in Quebec, if it is not already the case, through the help of Trialto, whom I would like to thank for this wonderfully instructive opportunity. Thanks also to Vincent Valverde for his generosity and his post-tasting time. Here are my notes for the wines tasted that night.

Blancaneaux: 20102012

Edizione Pennino: 20092011

Cask: 20092011

Rubicon: 200820092010

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WSET Diploma, les boys? ;)

WSET Diploma, les boys? ;)

I’m stealing some space from this post to tell you about a recent visit I made to Lauréa, the new restaurant on Laurier, which opened in the location once occupied by the famous rotisserie that Gordon Ramsay had briefly put back on the map with a group of investors.

I hardly ever respond to these mass invites anymore, where many bloggers and other influencers are gathered to discover a new joint, let alone write an article on it, because I find that the message gets lost.

Did I like Lauréa, though? I liked it a lot, even though I know this evening was staged to impress us to the max. I have no doubt that you’ll eat just as well on any given night. Furthermore, beyond the hype surrounding his win on reality cooking show Les Chefs, it is clear that Hakim Chajar is not a one-hit wonder. His work is interesting.

So if I still responded to this invite, it’s to pay tribute to the work of my two friends Jean Benoît Hinse and Fred Fortin, who see to the high quality of fluids served at the restaurant. These two apt sommeliers have a fine palate, make thoughtful choices and, more importantly, know how to lose it over good wine. I have had the chance, during a low moment of the evening, to read the wine list: you will not be left with anything to be desired, as the list is filled with fine bottles.

We drank some very fine things that night. Which ones? Just look down here.

Vouvray Vigneau-Chevreau Clos Baglin Première Trie 2003

André Kleinknecht Riesling 2012

Produttori del Barbaresco Barbaresco DOCG 2009

Maury Clot de l’Origine 2011

Le Sommelier Fou