Contre nature – Going against nature

Photo: alicefeiring.com

Photo: alicefeiring.com

Alice Feiring, la prêtresse de toutes boissons naturelles, publiait récemment un court article sur son site « The Feiring Line« . Elle y parle d’un écriteau installé à l’entrée d’un magasin de vins et spiritueux de New York, PJ’s Wine and Spirits, qui avertit les clients de demander de l’assistance s’ils ne sont pas au fait de ce que c’est qu’un vin nature, et qu’aucun remboursement ne sera accepté si le client n’aime pas le vin.

Je suis un défenseur du vin nature, je l’ai toujours été, mais pas de façon inconditionnelle. Les vins nature sont fascinants par leur côté subversif, mais surtout pour la vérité qu’ils sont capables de transmettre entre les meilleures mains. Je voudrais bien vous faire ici une définition claire de ce que c’est qu’un vin nature, mais elle n’existe pas. Ou, à tout le moins, elle est écrite au crayon gris sur un papier de la même couleur. Aucun soufre ajouté, si, du soufre ajouté, mais pas beaucoup, fait par des vignerons indépendants (c’est quoi, d’ailleurs?), vendangé à la main, raisin bio, fermentation naturelle avec levures non-étrangères au vignoble, non-collé, non-filtré, si, filtré et collé…  Bref, la définition formelle n’existe pas, ce qui fait que le vin nature peut être un peu n’importe quoi.

D’où mon malaise avec la position de Madame Feiring et du caviste new yorkais. Le vin nature est capable, plus souvent qu’autrement, de coups de génie qui ne heurteront pas le consommateur néophyte, et vont même l’emballer. Sous son meilleur jour, je ne boirais personnellement pas autre chose. Mais le hic, c’est qu’avec la consommation de vin nature vient un acte de foi, ou à tout le moins un pari, que le vin sera régulier, constant, quoi. Or, rien n’est moins sûr. On tombe souvent sur une bouteille vibrante, mais parfois sur une bouteille acide. Souvent sur une bouteille délicieusement rancio, parfois sur une bouteille oxydée. Souvent sur une bouteille délicatement brettée, parfois sur une bouteille qui sent la marde.

Photo: blog.winecollective.ca

Photo: blog.winecollective.ca

Bref, j’adore le vin nature, vous le savez d’ailleurs déjà. Par contre, je suis à ce jour encore incapable de lui faire entièrement confiance. Je ne donne jamais de Bon Dieu sans confession, et j’ai parfois l’impression que c’est précisément là ce que le vin nature me demande. Or, le risque est clair: la bénédiction appelle l’impunité. Demandez au clergé catholique, qui essaie depuis plus d’une décennie de parer les accusations d’agression sexuelle. À partir du moment où l’on clame « ze vigneron can do no wrong », qu’on lui donne carte blanche, on laisse libre cours à toute l’envergure de son incompétence.

Encore, je précise: la grande majorité des vins nature que je consomme sont non seulement propres à la consommation, mais tout à fait présentables à votre maman; ceci dit, il y a aussi quelques trucs dont l’intérêt principal est d’activer votre transit intestinal. Y a des vins qui prétendent être nature, parce que non-soufrés (hein, mon Gégé?), mais qui sont vraisemblablement flash-pasteurisés, et si ça n’est pas là un viol en bonne et due forme de la nature même du vin, je me demande c’est quoi. Une chose est sûre, c’est prendre avantage de l’absence de définition claire de ce que c’est que le nature.

Photo: winefolly.com

Photo: winefolly.com

Il faut, à mon humble avis, faire son deuil de la liberté et de l’impunité, et viser l’imputabilité. Je veux bien que les cavistes spécialisés en nature se prémunissent contre l’éventuelle visite des Pineault-Caron, de retour de leur Musulmanie adorée (pour ceux qui ne pigent pas cette référence, voir le lien plus bas), mais contre quoi se prémunissent-ils vraiment, si ce n’est l’irrégularité des produits qu’ils offrent? Si un aficionado du vin nature revient, un beau jour, avec une bouteille qui a poussé son authenticité jusqu’au confins de la médiocrité, argumentera-t-on avec lui? Lui dira-t-on que c’est ce à quoi il devait s’attendre? Il y a un pas, là, vous le voyez? Je ne prête pas cette intention à PJ’s Wine and Spirits, loin de là, mais on approche de cette limite dangereusement.

Il y a de la place pour la créativité dans le vin. Il y a un marché pour le non-interventionnisme, le contre-léché, le contre-surfait, l' »aménagé ». Mais il faut faire attention de ne pas tomber dans l’amateurisme et dans l’irresponsabilité. T’aimes pas mon vin? Peuh! C’est Dame Nature qui l’a fait, comment oses-tu?

T’as pas vu l’écriteau en entrant?

Le Sommelier Fou

Photo: alicefeiring.com

Photo: alicefeiring.com

Alice Feiring, priestess of all natural beverages, recently published a short post on her blog, « The Feiring Line« . She was telling us about a sign installed at the entrance of a New York wine store, PJ’s Wine and Spirits, where it is recommender to patrons to seek assistance if they are not used to natural wine, and that no refund will be issued for a wine that is ultimately disliked.

I am a defender of natural wine myself, I have always been, but not unconditionally. Natural wines are fascinating for their subversive side, but mostly for the truth that comes out of them when they are crafted by the best hands. I would like very much to provide you with a clear definition of what natural wine is, but it does not exist. Or if it does, it is written in gray pen, on a paper of the same color. So added sulphur, wait, a minimum of sulphur added, made by an independent winery (what’s that like, by the way?), hand-harvested organic grapes, natural fermentation undertaken by yeasts present on the vineyard, un fined, unfiltered, or maybe just a little…  A formal definition of what natural wine is does not exist, which means that natural wine can be just about anything.

This is precisely why I am uncomfortable with Madame Feiring and that NYC store’s position. More often than not, natural wines are capable of pure genius that would not take a normal consumer aback; it could even excite them. On a good day, I would personally not drink anything else. But the truth is that natural wine consumption is a leap of faith, or at the very least a bet that the wine will be all right, regular, consistent. Nothing is less certain. Often times you get a vibrant bottle, sometimes it’s acidic. Often times you get a delightfully rancio bottle, sometimes it’s oxidised. Often times you get a delicately bretted bottle, sometimes it smells of plain shit.

Photo: blog.winecollective.ca

Photo: blog.winecollective.ca

I think you know already that I love natural wine. However, I have yet to this day to be entirely confident about them. You won’t get into Heaven without a good confession, but I often feel natural wine is trying to get away with it. The inherent risk is clear: such a blessing breeds impunity. Ask the Catholic Church, that’s been trying to dodge accusations of sexual abuse for so long. Once you claim « the winemaker can do no wrong », that you let them do anything they want, you’re allowing one’s incompetence to take its full course.

Let me be clear once more: not only are the vast majority of natural wines I drink perfectly fine for consumption, but I would not hesitate to introduce them to my mother; this being said, there are also wines out there that do more for my intestinal tract than for my amazement. There are also wines that claim to be natural because they contain no added sulphur (right, Gégé?), but they likely have been flash-pasteurized, and if that’s not a rape of wine’s own nature, I don’t know what it is. If it’s anything, it’s taking advantage of the absence of a clear definition for natural wine.

Photo: winefolly.com

Photo: winefolly.com

If I may, I think it’s high time we let go of freedom and impunity, and start talking about natural wine accountability. I’m all for stores that want to protect themselves from neophytes, but they are kidding themselves if they think they are not protecting themselves from the very product they offer. What if one day a natural wine aficionado shows up to return a bottle, one that would have pushed the limits of authenticity to mediocrity? Will they be told that this is what is to be expected of that wine? Do you see where this could go? I am not saying that’s PJ’s Wine and Spirits’ intention, on the contrary, but we’re getting awfully close to that door.

There is room for creativity in wine. There is a market for non-interventionism, the makeup-free, the underdone, the ready-made. But we have to stray away from amateurism and irresponsibility. You no like my wine? Bah humbug! Mother Nature made it, how dare you?

Have you not read the sign?

Le Sommelier Fou