(501)*

* (501) fait référence au numéro associé à la préparation silice de corne en biodynamie; la silice de corne est présumée utile à la photosynthèse. La biodynamie, sous le Troisième Reich, était complètement interdite, et c’est ainsi que les diverses préparations élaborées pour aider la vigne ont acquis un « nombre-code », afin d’éviter d’en parler.

Ponzi Vineyard. Photo: wilsondaniels.com

Ponzi Vineyard.
Photo: wilsondaniels.com

L’aurore, ce minuscule point de promesse, au loin, en bas du coteau, annonce son arrivée prochaine. Mes bras, vers le ciel toujours, tendus. De mes bras, des pousses, vertes et droites, elles aussi vers la voûte bleutée remplie d’étoiles qui tranquillement se fanent. La Lune, qui vient me chanter ses berceuses vivantes, lance vers moi sa lumière diaphane. Vision céleste saisie, respirée. Tout, autour de moi, dort encore, mais d’un seul oeil, sachant que le jour sera bientôt là. L’air pénètre les pores de mes feuilles; ouverte à ce qui m’entoure, fouillant de mes racines le sol à mes pieds, pauvre au possible. Non pas la plénitude, mais la suffisance. Il en faut peu. Quelques gouttes d’eau, quelques minéraux, pas plus. La terre sous moi, aussi pauvre soit-elle, est bien vivante. L’Homme y voit.

L’Homme a racheté, à fort prix, cette terre qui avait autrefois été saignée par d’autres, à grands coups de chimie et d’autres sortilèges, puis il a converti les choses du tout au tout. Il a d’abord laissé la terre se refaire, reprendre ses formes. Il a mis les tracteurs au congé et a embauché des chevaux, nobles, silencieux, travaillants. Il a laissé certaines bêtes s’introduire dans l’univers environnant, sachant qu’elles garderaient d’autres bêtes plus nuisibles en respect. L’Homme, par son peu d’intervention, a su aider la vie à reprendre autour de moi. Du coup, tout revit, et moi aussi. Se remplir de tout ce qui est disponible, parcimonieusement, et croire, surtout.

Avant, tout était fait en lieu et place de moi. S’était installée une paresse, une attente. Plus besoin de chercher, fouiller, m’enfoncer dans le sol pour que me parvienne l’essence de la survivance. Beauté et esthétisme étaient aussi de mise. Le vin que l’on tirait de moi, correct, stable, faisait plaisir à plusieurs, mais manquait de quelque chose. Ce même quelque chose que mes racines aujourd’hui sucent ardemment, alertes et vives comme elles ne l’ont jamais été.

C’est à peine si le point de lumière au bas a grandi, mais on sent tout de suite sa commande; mes feuilles frémissent. Il viendra bientôt.

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Préparations 501 et 508. Photo: munchies.vice.com

Préparations 501 et 508.
Photo: munchies.vice.com

Les gouttes délicates qui me tombent dessus ne proviennent pas du ciel: c’est l’Homme qui fait tomber sur moi des flocons d’étoiles. D’infiniment petites poussières de lumière qui éclateront au premier rayon. Une part de moi tremble au contact de cette bruine, mi-joie, mi-crainte; tant d’autres produits sont venus me violer, me brûler. La marque demeure, difficile à effacer.

Le mouvement de la lente respiration de l’Homme qui s’approche, ses pas tranquilles qui font vibrer mes racines. À peine si un vent le pousse. Impossible pour moi de percevoir autrement le mouvement des choses, sinon en ombres et en lumières. L’ombre de l’Homme se penche en ma direction, bienveillante, la seule qui sache me nourrir encore davantage que la lumière. Ses mots, qu’il m’est interdit de comprendre, glissent sur toutes mes articulations et mes anfractuosités. L’intention, elle, est claire: c’est moi, dit-il, ça va. Tu es belle. Ce n’est que du 501, tu verras, tu aimerais. Comme je t’aime.

Réciprocité.

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 Et quand la lumière d’un jour assumé finit par m’atteindre, tout l’amour de l’Homme me foudroie. De cette divine décoction dont il m’a humidifiée se détachent des milliers de petits kaléidoscopes qui prennent les rayons et les magnifient. Bach joue de ses orgues sur mes feuilles. La puissance photonique me saisit entière, et mes feuilles, de leurs nervures jusqu’à leurs pointes, accueillent cette lumière amplifiée au centuple. Vibration de tous mes chloroplastes. Machines toute vapeur. En moi, quelque chose de doux s’installe, un crépitement de vie, simple, mais combien essentiel. Ce goût sucré. Mariées par une union céleste, dynamique, la lumière et moi consommons notre mariage. Synthèse. Un chant, un hymne, un psaume.

Photo: coulee-de-serrant.com

Photo: coulee-de-serrant.com

Le plus beau des feux en moi, sans braise, mais une chaleur ultime, sans fin, qui se transmute en source de subsistance. Recevoir une promesse avec une telle certitude ne laisse personne sans foi envers la puissance de la vie sur tout. Elle décide, pas les hommes. L’Homme, lui, a compris cela depuis bien longtemps. Pas d’acharnement, pas de résistance au travail que la Nature savait faire longtemps avant lui. Plutôt, une assistance, un guide vers le développement, la rééducation aux automatismes de la vie. Berceuse de l’homéostasie.

La journée, pourtant intense, ne m’a pas vidée, au contraire. Au couchant, ma respiration est bonne, claire, libre. La vibration qui m’habite s’est intensifiée, cependant. Elle pourrait devenir insoutenable, la pression pourrait monter, comme la sève, et me faire exploser en un million de fleurs.

Le Sommelier Fou

* (501) refers to the number associated with horn silica preparation in biodynamics; horn silica is said to promote photosynthesis. Under the Third Reich, biodynamic practices and teachings were outlawed, and therefore all preparations used in vinegrowing were given a “code name”, to avoid naming them out loud.

Ponzi Vineyard. Photo: wilsondaniels.com

Ponzi Vineyard.
Photo: wilsondaniels.com

Sunrise, this minute dot of promise on the horizon, at the tip of the hill, announces its imminent arrival. My arms constantly reaching towards the sky. Shoots from my arms, green and straight, also reaching towards the slowly fading star lights adorning the blue canopy. The moon signs lively lullabies, throwing its diaphanous light towards me. Celestial visions are grasped and breathed. Everything surrounding me is sound asleep, but with one eye open, aware of the soon coming day. Air penetrates the pores of my leaves; open to what is around me, my roots searching the soil beneath me, as poor as can be. Not plenty, just enough. Very modest needs. A few drops of water, a few minerals, no more. The earth beneath me may be poor, but it is alive. The Man sees to it.

Man has bought, at high price, this land once bled by others, smitten by chemistry and other sorceries, and converted everything altogether. He first let the earth replenish itself, take its place back. Fired tractors, hired horses, noble, noble, silent, hard working. He let certain critters back in the surroundings, knowing they would keep less desirable critters at bay. Man, by his minimal intervention, allowed life to take back its rightful role around me. Everything lives again, as I. To fill oneself with all that is available, albeit frugally, and to believe above all else.

Before, everything was done for and without me. Laziness, entitlement settled in. No need to dig, search, go deep in the soil, searching for the essence of survival. Beauty, aesthetical considerations mattered somehow. The wine they drew from me, decent, stable, was pleasing many, but lacked something. This same something my roots are today avidly sucking on, alert and alive like never before.

The dot at the tip of the hill has grown slightly, but you can already feel its command; my leaves tremble. He will be here soon.

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Préparations 501 et 508. Photo: munchies.vice.com

Préparations 501 et 508.
Photo: munchies.vice.com

The delicate drops falling on me do not come from the sky: the Man is spraying star flakes on me. Infinitely small particles of light dust that will burst at the first ray. Part of me trembles at the very touch of this mist, half joy, half fear; so many other products have violated and burned me. The scar remains, hard to erase.

The movement of the man’s slow breathing, his soft steps making my roots vibrate. A faint wind pretends to push him along. Impossible for me to perceive the movement of things differently, if only in shadow and light. The Man’s shadow leans in my direction, benevolent, the only thing that feeds me more than light. His words, whose meaning is inaccessible to me, glide along each of my bumps and bruises. The intention is clear: it’s me, he says, all is well. You are beautiful. It’s only 501, you’ll love it, you’ll see. Like I love you.

Reciprocity.

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And as the light of an undeniable day reaches me, all of the Man’s love strikes me at once. This divine decoction he misted me with detaches in thousands of little kaleidoscopes, stealing sunrays to magnify them. Bach plays on my leaves. Photonic power takes me whole, and my leaves, from their veins to their tips, welcome this tenfold-amplified light. Vibration in all my chloroplasts. Machines full steam. In me, something sweet sets, a crackle of lie, simple, yet so essential. This sweet taste. Wed in a celestial, dynamic union, we consume our union. Synthesis. A chant, hymn, psalm.

Photo: coulee-de-serrant.com

Photo: coulee-de-serrant.com

The most beautiful fire in me, no embers, just an ultimate, endless warmth, that transmutes into a source of sustenance. To receive a promise with such power leaves no one faithless in the true power of life over everything. It decides, not man. My Man has known this for quite a while. No stubbornness, no resistance to the work Nature was doing fine long before him. It’s more of an assistance, guiding towards development, re-education to life’s automatism. Homeostatic lullaby.

The day, although intense, did not empty me, quite the contrary. At sunset, my breathing is good, clear, free. The vibration inside me has intensified, however. It could become insurmountable; pressure could rise like sap, and force me to explode in a million flowers.

Le Sommelier Fou