Un dernier pour la route – Nightcap

Photo: linnlive.com

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La tempête de novembre se calme tranquillement, les agents commencent à respirer un peu. Y a deux semaines de cela, par contre, c’était la folie. Tout le monde avait de la broue dans le toupet, un salon n’attendait pas l’autre. Pour moi, avec mes deux jobs à temps plein, c’est toujours un peu comme ça. Comme je suis enseignant et directeur-adjoint dans une école de jour, il m’est presque toujours impossible d’assister à des lunchs de presse. Certaines agences, heureusement, organisent des trucs en soirée, et si je n’ai pas trop le trou du cul en-dessous du bras, j’essaie d’y assister.

En novembre, comme c’est les bulletins, c’est souvent plus difficile, je m’aménage donc des moments où je n’accepte absolument rien, où je me repose. Et la semaine qui a suivi RASPIPAV, le salon des vins d’importation privée, était déjà inscrite comme un black-out sur mon calendrier. J’ai goûté à tellement de vins sur les trois jours de l’évènement que je devais absolument relaxer mon palais et mon corps. Je ne rajeunis pas, après tout.

Mais c’était ne pas compter sur Jean-Marie Robin, de Mondia Alliance, qui tenait mordicus à ce que je rencontre l’un de ses vignerons, Joao Nicolau de Almeida, de la maison Ramos Pinto, où il officie en tant que faiseur de vins de la sixième génération. Mardi soir, peux-tu? Non, pas possible. Un lunch mercredi, alors? Encore moins, désolé. Ben là, peux-tu, un moment donné, mettons?

Joao Nicolau de Almeida Photo: thewinedetective.co.uk

Joao Nicolau de Almeida
Photo: thewinedetective.co.uk

Après bien du gossage, le mercredi soir était le seul choix possible. On m’a donné rendez-vous au Sofitel, cet hôtel chic urbain du Golden Square Mile de Montréal, le genre d’endroit où je ne me sens jamais assez propre. Monsieur Almeida m’attendait, presque à l’entrée du restaurant Renoir, bien assis, paisible, un éternel sourire étampé dans le visage. À sa vue, on sent immédiatement la chaleur et la générosité de l’homme. Ça émane de lui. Et quand il parle, dans un français impeccable, soit dit en passant, la passion exsude de chacun de ses mots, mais avec la retenue de ces hommes tranquilles et forts comme le chêne.

Il m’a invité à m’asseoir. Il a scruté ma carte avec amusement, du moins c’est ce que son faciès sempiternellement heureux me communiquait: « Vous êtes donc un extraterrestre? », me demande-t-il. Ben, dans le monde du vin, un peu, ouais. Disons que la conversation me change des inlassables allusions au Cigare Volant de Bonny Doon.

Joao se joint à l’équipe de Ramos Pinto en 1976, après des études à Bordeaux. D’ailleurs, son passage à la Mecque du vin, à une époque où Robert Parker n’a toujours pas mis ses jetons sur la table, se fait sentir dans le style de ses vins, mais j’y reviendrai plus tard. Reconnu comme un innovateur et un précurseur, souvent controversé, on doit entre autres à Monsieur Almeida le principe de plantation de vignes vinha ao alto, où les vignes descendent verticalement le long des escarpements, plutôt que d’être plantées en terrasses. En plus de permettre une meilleure gestion du feuillage et de l’exposition des raisins au soleil, la technique a été développée pour faciliter le drainage et réduire les risques d’érosion, ce qui permet, dans certains cas, une vendange mécanisée qui ne serait pas possible si les vignes étaient plantées en terrasses.

Nous avons commencé par tâter des blancs. J’avoue d’emblée être un fan des blancs du Portugal, où le soleil, plutôt que de cuire le raisin, apporte une dimension particulière, un kick qui fait que le fruit enrobe le vin plutôt que de l’écraser. Les cuvées de la ligne Duas Quintas font exactement cela. Qui plus est, l’usage minimaliste du bois fait en sorte de soulever le vin plutôt que de le soumettre, révélant un caractère épicé sincère et non fabriqué.

On passe au rouge, et ça me rend nerveux. Je rends toujours mal la qualité des vins rouges portugais, car ils n’ont pas d’atomes crochus avec mon palais. Je leur reproche souvent leur lourdeur et ce côté brûlé que les terroirs chauds rendent trop souvent. Ici, par contre, on fait dans la retenue, presque dans la légèreté. Encore une fois, deux cuvées de la ligne Duas Quintas sont proposées, et elles offrent ce bel équilibre entre structure et digestibilité. Tiens, c’est exactement cela: les rouges que Joao Nicolau fabrique sont d’une buvabilité qu’on trouve peut-être chez Dirk Niepoort, mais certainement pas ailleurs.

IMG_4349Pour terminer, un moment proustien m’attendait; les portos. Pour commencer, un late bottled vintage aux tannins à la fois denses et souples, suivi d’un lagrima aux délicieux accents de citron confit, lui aussi éminemment digeste. Vinrent ensuite deux bêtes fascinantes: des tawnys âgés de single quinta. Parmi les grands producteurs du Portugal, Ramos Pinto est la seule maison à offrir ce type distinctif de tawny.  Si j’ai préféré le 10 ans au 20 ans, la raison m’est toute personnelle: dans ma prime jeunesse, à une époque où le porto était en vogue, nous organisions des soirées de dégustation de porto, ou de simples repas qui se terminaient inévitablement par un porto. J’ai de bons souvenirs d’écumage du tawny 10 ans de Warre’s, jadis nommé le Sir William, avec mon coloc Gazquez. Ce Quinta de Ervamoira tombe directement dans cette lignée, avec sa droiture, sa légère amertume et sa générosité. Un très beau moment.

Quand nous nous sommes quittés, j’ai cru voir dans le creux du regard de Monsieur Almeida l’espoir de me voir partir en soucoupe volante. Dans le creux du mien, il y avait cette envie de m’asseoir, de continuer à l’écouter parler de biodynamie, de variétés portugaises autochtones et de lagares… Tout en se permettant d’en siroter un dernier pour la route.

Le Sommelier Fou

Collection Douro DOC 2008

Duas Quintas Branco Douro DOC 2012

Duas Quintas Reserva Branco Douro DOC 2012

Duas Quintas Reserva Tinto Douro DOC 2009

Duas Quintas Tinto Douro DOC 2011

Lagrima Porto (N/M, N/V)

Late Bottled Vintage Porto 2009

RP10 Quinta de Ervamoira (N/M, N/V)

RP20 Quinta de Bom Retiro (N/M, N/V)

Photo: linnlive.com

Photo: linnlive.com

The November storm of events has now lost its momentum, agents are breathing again. Two weeks ago, though, it was nuts. It was one wine show after the other, with everyone ripping the pavement. For me and my two full-time jobs, it’s pretty much always like that. Being a teacher/administrator by day, it’s nearly always impossible for me to take part in press lunches. Some agencies, thankfully, organise events in the evening, and if I am not tired beyond belief, I try to attend.

November is also report card season for me, so it makes it even more difficult for me to follow the parade; therefore, I put moments in my schedule where I force myself to rest. The week following RASPIPAV, the private import wine show, was going to be a blackout week on my calendar. I had tasted so many wines during the three-day event that I was all tasted out; I needed to rest both my palate and my body. I mean, I’m not getting any younger.

But Jean-Marie Robin, from Mondia Alliance, was having none of that and insisted that I meet one of his winemakers, Joao Nicolau de Almeida, from Ramos Pinto, where he works as a sixth generation winemaker. How does Tuesday night sound? Sounds pretty bad. So how about Wednesday at lunch? That is even worse. Okay, so tell me when you can, dammit!

Joao Nicolau de Almeida Photo: thewinedetective.co.uk

Joao Nicolau de Almeida
Photo: thewinedetective.co.uk

After much shenanigans, it appeared I had to let my Wednesday night go. I was expected at Sofitel, this urban chic hotel from Montreal’s Golden Square Mile, the kind of place where I always feel underdressed, no matter what. Mister Almeida was waiting for me, almost at the doorstep of Renoir, the hotel’s restaurant, sitting comfortably with a permanent smile etched upon his face. Seeing, you immediately sense the generosity and warmth of the man. It just oozes out of him. And when he speaks, in an impeccable French by the way, passion exudes out of each of his words, but with a mix of restraint, strength and tranquility one usually witnesses in an oak tree.

He invited me to sit down as he was carefully dissecting my business card, with what obviously seemed like an amused look: « So you are an alien? », he asks. Well, in the wine world, kind of, yeah. It was a nice diversion from the Bonny Doon Cigare Volant allusions.

Joao joins the Ramos Pinto team in 1976, after having studied in Bordeaux. His stay in the Mecca of wine, at a time where Robert Parker has yet to put his chips on the table, is manifest in the style of his wines, but more on that later. Known as an innovator and a trend setter, often times controversial, Mister Almeida can be credited for the vinha ao alto vine planting system, where vines descend vertically along steep slopes, instead of being planted in terraces. While allowing for the grapes to get better sun exposition and for better canopy management, this technique was initially devised to improve irrigation and to prevent erosion of soils, which allows for a mechanised harvest in most cases where terraces would force to harvest manually.

We started things off with the whites. I am personally a big fan of Portuguese white wine, where the sun, instead of cooking the grapes, give them added layers, a kick that allows the fruit to coat the wine instead of crushing it. Wines from the Duas Quintas line do just that. On top of that, the minimal usage of wood in ageing is meant to lift the wine up rather than subdue it, revealing a sincere, unaltered spicy character.

Switching to the reds, I feel a bit nervous. My palate isn’t keen on Portuguese reds, so I always end up not doing them justice. I often find them too heavy, even burnt, which is the burden of being in a hot climate. Here, however, what we have is restrained, and light. Once more, both wines from the Duas Quintas line are tasted, and they offer a nice compromise between structure and drinkability. Here’s a comparison that should help you: Joao Nicolau makes drinkable, easily digestible reds, the likes of those Dirk Niepoort makes, and quite frankly nobody else.

IMG_4349To finish things off, I was treated to a Proustian moment with Port wines. We started with a Late Bottled Vintage, blessed with dense, yet supple tannins, followed by a Lagrima with delicious preserved lemon notes, also quite digestible. Then came two fascinating beasts: aged Single Quinta Tawnies. Among Portugal’s biggest producers, Ramos Pinto is the only house to offer this distinctive style of Tawny port. If I preferred the 10-year to the 20-year, it is for a personal reason: in my youthful days, at a time where Port was trending, we would organise Port tasting evenings, or we’d simply gather up around a meal that would end with a bottle of Port. I have fond memories of guzzling down bottles of Warre’s 10 year-old Port, formerly named Sir William, with my roommate Gazquez. This Quinta de Ervamoira fell right inside those lines, straightforward, lightly bitter and generous. A beautiful moment.

When we parted, I thought I saw in Mister Almeida’s eyes the hope of seeing me leave on my spaceship. In mine, there was this desire to sit back down, as him to tell me more about biodynamics, native Portuguese grapes, lagares… All the while sipping on a nightcap.

Le Sommelier Fou

Collection Douro DOC 2008

Duas Quintas Branco Douro DOC 2012

Duas Quintas Reserva Branco Douro DOC 2012

Duas Quintas Reserva Tinto Douro DOC 2009

Duas Quintas Tinto Douro DOC 2011

Lagrima Porto (N/M, N/V)

Late Bottled Vintage Porto 2009

RP10 Quinta de Ervamoira (N/M, N/V)

RP20 Quinta de Bom Retiro (N/M, N/V)