Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part – May God have mercy on your soul

saperlipopetteJe ne suis pas le premier à me garrocher pour défendre la SAQ. Même que j’ai plutôt tendance à la questionner, intelligemment et rigoureusement. Château Simard, par exemple: toujours pas convaincu qu’on sait tout dans cette histoire et, croyez-moi, si mon blogue était mon unique emploi du temps, je fouillerais plus loin cette mystérieuse aventure. La semaine dernière, je me faisais chauffer la couenne en Floride et je suis tombé sur le millésime 2004 dans un Whole Foods. J’aurais bien voulu savoir qui leur avait vendu…

Mais trêve de transactions houleuses. Je veux ici vous parler de la fausse polémique qui a éclaté la semaine dernière… La SAQ nous vend de la piquette, titrait en une le Journal de Québec. Allez lire, je vous en prie, parce que sinon, vous pigerez rien.

Si vous avez compris la même chose que moi à cet article, vous avez constaté que, fort d’une analyse faite sur une dizaine de vins, on conclut que notre méchant monopole nous vend des vins de marde. Un Pulitzer antidaté, ça se peut-tu?

Photo: usefulblogroll.wordpress.com

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Avant de vous expliquer que cet article ne vaut pas votre temps, laissez-moi dire une chose: c’est vrai que la SAQ fait une job de cul pour vous laisser savoir lesquels des vins elle vous vend proviennent d’un achat en vrac qui a été embouteillé au Québec. Tout au plus cette tite feuille PDF qui en fait l’inventaire. Suite à la parution de l’article, elle a révélé l’existence de cette liste au grand public, liste qu’elle avait publiée un an auparavant. Ça aura eu ça de bien, that’s it. Faut faire une job plus évidente pour informer les gens, les amis. Étiquetage? Je n’en suis plus aussi convaincu que la semaine dernière. Ceci dit, la job peut être mieux faite.

Mais bon, revenons à la feuille de chou, si vous le voulez bien, morceau par morceau…

L’ACIDITÉ ÉLEVÉE…

Capture d’écran 2015-03-17 à 18.39.22Monsieur Couture parle de vins qui montraient un taux d’acidité élevé dans les échantillons testés. Lors d’une conversation qu’il avait sur Twitter sur la question, Monsieur Couture a offert la réponse suivante: « Certains vins analysés ont un taux d’acidité totale dépassant 4 g/l. Ça ne s’invente pas. » (voir tweet à l’appui)

Petite leçon rapide, parce que je ne veux pas vous emmerder: une acidité totale de 4 g/l, s’il y a de quoi, c’est trop bas. Ça donne un vin mou, flasque, qui ne se tient pas droit. Un vin qui a de la prestance aura 6, parfois 7 g/l d’acidité totale. Les meilleurs rieslings de la planète ont des quantités d’acidité totale qui peuvent facilement dépasser les 10 g/l. La vérité, c’est que l’acidité d’un vin lui permet de faire un bon bout de chemin dans son évolution. Ça n’est pas une mauvaise chose, loin de là. Tout est dans l’équilibre.

LES SULFITES…

…sont un mal nécessaire, n’en déplaise aux porte-étendards du vin nature. Pour ce qui est du dosage, je suis avec vous: on peut faire beaucoup avec un minimum de sulfites. Reste que le soufre est un agent stabilisateur important et il empêche le vin de s’oxyder prématurément. Or, le journaliste monte sur sa caisse de beurre en montrant certains vins avec des taux de soufre total élevés, en levant le spectre des gens qui y sont allergiques.

Moi, je pense qu’une pinotte, c’t’une pinotte, et ça n’est pas d’en manger dix qui te fera filer croche. Une seule suffit. Il est peut-être plus adéquat de parler de sensibilité aux sulfites, dans lequel cas, à moins de vous tourner vers les vins nature (une très bonne option), le vin n’est peut-être pas pour vous.

LES RÉACTIONS ET REFERMENTATIONS…

Photo; electronlibre.blogvie.com

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Grâce au soufre, les chances de réaction chimique comme la piqure acétique ou de refermentation sont minimes. Ça peut arriver, mais ça prend une solide bad luck, malchance contre laquelle vous êtes protégés par la SAQ: si quelque bouteille que ce soit est fautive, vous n’avez pas à en assumer la responsabilité. La SAQ rembourse. L’analyse de la semi-enquête est tombée sur une bouteille qui refermentait ou qui tournait au vinaigre? Big deal. Suffit de la ramener. Ça n’est pas le propre des vins en vrac, soit dit en passant. Ça peut arriver à n’importe quel vin, même les grands crus; suffit qu’une série de conditions soient en place, c’est tout.

TAUX D’ALCOOL ERRONÉ…

C’est à toutes fins utiles impossible, à tout le moins improbable, que le taux d’alcool indiqué sur une étiquette soit exactement celui du vin contenu dans la bouteille. Au Québec comme dans la plupart des pays du globe, on tolère une variation de plus ou moins 1% entre le taux d’alcool indiqué et celui révélé par des tests.

RIGUEUR, RIGUEUR, RIGUEUR…

Bref, cet exercice journalistique est bien en-deçà de ce à quoi Pierre Couture nous a habitués dans ses observations économiques. Je le préfère grandement quand il parle de taux directeur ou de frais bancaires (kidding, je ne le lis pas, à part quand il déconne sur la SAQ). Il est clair qu’on avait une idée préconçue de ce que l’histoire devait être: le gros méchant monopole qui vend des vins de marde au pôvre peuple. Or, il n’en est rien. Qui plus est, la preuve de la malhonnêteté journalistique de cet exercice réside dans le fait qu’aucun vin embouteillé à l’étranger n’a subi les mêmes tests pour des fins comparatives. Les résultats auraient déçu Monsieur Couture, car ils auraient été grosso modo semblables à ceux obtenus avec les vins embouteillés au Québec, hormis l’acidité, qui elle aurait été plus élevée, n’en déplaise à Monsieur Couture.

Source: Twitter

Source: Twitter

Je ne suis pas journaliste (d’ailleurs, on me le rappelle à l’occasion sur les réseaux sociaux), mais me semble qu’une bonne enquête part avec une question, pas une réponse. Malheureusement, il se trouve bien des journalistes et chroniqueurs qui, avec des agendas qui leur appartiennent, vont bizouner l’information pour servir une idée, au détriment du lecteur, roter du vieux sûr contre la SAQ par dépit d’amours meurtries.

Débattre de la SAQ, de sa potentielle réforme, c’est primordial. Faisons-le sur la base des vrais faits, pas de la fausse matière déformée, vue par le filtre d’un palais de miroirs et d’écrans de fumée. C’est un manque total de respect envers l’intelligence du lecteur; du journalisme horrible, pour citer un auteur vin que je côtoie à l’occasion. C’est jouer avec ce sentiment qu’a le concitoyen moyen qu’il se fait constamment jouer dans le dos, attaquer par derrière. Appelons cela le syndrome des Plaines d’Abraham.

Capture d’écran 2014-12-19 à 17.15.17Jouer la carte de la paranoïa, c’est couard. C’eut été tellement plus facile de demander l’avis d’un oenologue, ou même d’un journaliste spécialisé vin travaillant pour la même boîte… Patrick Désy, Mathieu Turbide? Claude Langlois? Allô? Mais non, on avait une mission: vendre de la copie sur le dos d’une société d’État, une grosse cible bien grasse, pour alimenter la grogne. Cave, cave, cave.

Et Sylvie Bruneau, là-dedans? Vous la connaissez? C’est la responsable de la gestion de la qualité à la SAQ? Une manière de rottweiler (dans son travail, pas son allure…), si vous voulez. Demandez aux agences de représentation en vin à quelle fréquence elles reçoivent des courriels pour demander d’apporter des correctifs aux étiquettes de leurs produits pour qu’elles représentent fidèlement ce qu’il y a dans la bouteille. De quoi virer sans dessein. Et la SAQ ne se soucierait pas de la qualité? Lui avez-vous parlé?

Faut maîtriser son sujet, merde.

Quand je me suis pointé sur Twitter pour rectifier les faits à la parution de cette non-enquête, voici ce que Monsieur Couture a eu à me répondre, une manière d’insinuation de mon allégeance.

Source: Twitter

Source: Twitter

C’est vous dire à quel point, câlisse.

Le Sommelier Fou

dagnabbitI’m hardly ever the first to jump out at the SAQ’s defense. In fact, I would much rather question it, intelligently and rigorously. Take Château Simard, for example: I’m still not convinced we know all there is to know about that story and, believe you me, if my blog was my only way of passing time, I would get to the bottom of this thing. Last week, as I was getting a tan in Florida and stumbled upon a bottle of the 2004 in a Whole Foods grocery store, I wondered whom they had bought it from…

But enough about shady trading. I want to say my piece about a story that came out in a paper last week… La SAQ nous vend de la piquette (SAQ sells you plonk, French only) made the Journal de Québec’s front page. Go ahead and read it, Google translate it if you have to, otherwise you’ll be lost.

If you got the same thing as me out of this article, you’ve observed that, in light of a ten-bottle analysis, it was concluded that our evil monopoly is selling us shitty wines. Anyone has a Pulitzer to hand this guy?

Photo: usefulblogroll.wordpress.com

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Before I tell you why this text was not worth your time, let me make one thing clear: it is true the SAQ does a crap job at telling which of its wines are bought in bulk and bottled in Quebec. At most this little PDF gives you an inventory. When the story came out, it revealed the existence of this list to the public, a list it had published the year before. It will have done that much good, but that’s it. You have to be better at telling us these things, guys. Labelling? I’m not as convinced as I was this week this is the way to go. This being said, there’s a better job to be made.

But let’s come back to this piece of trash and demolish it bit by bit, shall we?

HIGH ACIDITY…

Capture d’écran 2015-03-17 à 18.39.22Monsieur Couture talks about wines with high levels of acidity in the samples tested. In a conversation he had on Twitter about it, Monsieur Couture offered the following: « Certain wines we tested have a total acidity level over 4 g/l. You don’t make up stuff like that. » (see tweet)

A quick lesson, because I don’t want to bore you: a total acidity of 4 g/l, if anything, is low. It gives a flabby, soft wine that doesn’t have a backbone. A wine that stands up will have at least 6, even 7 g/l total acidity. This world’s best Rieslings even reach beyond 10 g/l TA. Truth is acidity is among the things that allow a wine to stand the test of time. It’s not a bad thing, au contraire, mon frère. It’s all in the balance.

SULPHITES…

…are a necessary evil, sorry to all natural wine flag bearers. As for the dosage I am totally with you: a lot can be done with a minimal dose of sulphites. But sulphur is an important stabilizing agent and it keeps the wine from prematurely oxidizing. But this journalist breaks out the megaphone to cry out about elevated levels of sulphites in certain wines, raising the spectre of allergic people.

Methinks a peanut’s a peanut, ad eating ten won’t make you feel shittier than eating one. It is actually more adequate to talk about sulphite sensitivity, in which case, unless you are willing to turn to natural wines (a wise choice), wine may not be for you.

CHEMICAL REACTIONS AND REFERMENTATIONS…

Photo; electronlibre.blogvie.com

Photo; electronlibre.blogvie.com

Thanks to sulphur, the odds of acetic bite or refermentation in your wine are minimized. It can still happen, provided sheer bad luck, against which the SAQ protects you: if you feel the bottle is faulty in any way, you are in no way responsible for it. SAQ refunds you. So this analysis they ran fell on a refermenting bottle, or one that was turning to vinegar? Big deal. Bring it the fuck back. And by the way, it’s not bulk wines’ apanage to referment. It can happen to any wine, including Grands Crus; all it takes is the right conditions for it to happen.

ERRONEOUS ABV…

It’s almost impossible, or at least quite improbable, that the ABV indicated on a label be exactly the same as the wine’s alcohol content. In Quebec as in many other countries around this globe, you can be more or less 1% inaccurate.

RIGOR, RIGOR, RIGOR…

This poor journalistic exercise is unbecoming of Pierre Couture’s usual observations on economy. I much prefer him when he talks about prime rates and bank fees (kidding, I only read him when he fucks up about the SAQ). It is obvious he had a preconception of what the story should be: the big, bad monopoly sells poopy wines to its helpless people. Nothing could be farther from the truth. The proof of this journalistic dishonesty lies in the fact that no wine bottled abroad was tested for the purposes of comparison. The results would have disappointed Monsieur Couture, as they would have likely come out the same as for wines bottled in Quebec, except for acidity, which would have been much higher, much to Monsieur Couture’s dismay.

Source: Twitter

Source: Twitter

I am not a journalist by any stretch (and I am being occasionally reminded of that on social media), but a good inquiry starts with a question, not an answer. Sadly, you’ll find plenty of journalists and writers who, for agendas that are their own, will twist information to serve an idea, much to the reader’s disadvantage, or burp up old bitterness over past love.

Debating about the SAQ and its potential reform is essential. Let’s debate on the basis of true facts, not matter deformed by smoke and mirrors. It is pure disrespect of a reader’s intelligence; horrid journalism, to quote a wine writer I see on occasion. It’s playing with the citizen’s feeling that he is constantly getting stabbed in the back. Call it the Fields of Abraham syndrome.

Capture d’écran 2014-12-19 à 17.15.17Playing the paranoia card is cowardly. It would have been so easy to talk to a winemaker, or even to a wine writer who knows his thing and works for the same paper… Patrick Désy, Mathieu Turbide? Claude Langlois? Hello? But no, he was on a mission: selling copies at the expenses of a State society, a big, fat, juicy target, to feed people’s cynicism some more. Stupid, stupid, stupid.

Say, do you know someone by the name of Sylvie Bruneau? You know who she is? The one in charge of quality control at the SAQ? The SAQ’s Rottweiler, in a way (not physical, though). Ask wine agencies how many emails they get from her, asking them to correct the labelling of their products so that it meets what’s in the bottle… She’s driving them insane. And the SAQ doesn’t give a shit about quality? Have you talked to her?

You have to own your story, dammit.

When I got on Twitter to rectify the facts that were erroneous in this non-story, here’s what Monsieur Couture had to respond, a sort of insinuation about my allegiance: “One thing for sure: it’s not an infomercial for the SAQ.”

Source: Twitter

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It goes to show you.

(Thanks to Anya Spethmann for this video link. When she read the story, she posted this on my FB wall.)

Le Sommelier Fou