Ça fait qu’on privatise ou quoi? – To privatize or not to privatize

Photo: winesinniagara.com

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Quand un article est récemment paru dans la Presse à propos du monopole de la SAQ et de sa remise en cause, j’ai sauté sur la nouvelle avec expectative, car je suis en faveur d’une porte ouverte à la libéralisation du marché. Cependant, mes collègues journalistes et chroniqueurs qui, avant moi, sont passés par plusieurs itérations de cette discussion, ont accueilli froidement les conclusions de ce rapport. La SAQ, après tous ces débats, demeure essentiellement inchangée. Elle est un monopole qui contrôle absolument toute vente d’alcool dans la province. Ça a ses qualités comme ça a ses défauts. C’est un modèle qui nous donne un pouvoir d’achat absolument exceptionnel, mais comme son origine est solidement implantée dans la Prohibition, et que les mesures prudentes qui ont été mises en place quand cette période de régime sec a été mise de côté sont désormais vétustes, il serait plus que temps de réviser, une fois pour toutes, le fonctionnement économique de cette entité gouvernementale. Mais par où commencer?

Tout le monde, depuis, y est allé de sa suggestion. Sans surprise, le syndicat des employés de la SAQ (SEMB-SAQ) a montré de l’inquiétude vis-à-vis cette remise en question; le regroupement s’oppose à toute privatisation, de quelque forme qu’elle soit, et brandit la performance actuelle de la SAQ pour justifier le statu quo. Je ne vais pas insister plus avant sur cette position, d’autant que de se baser sur la performance d’un monopole pour justifier son opinion est l’équivalent de quelqu’un sur une île déserte qui clame être le plus intelligent. Un brin inutile.

Photo: myliquorstore.ca

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D’autres, comme Frédéric Laurin (he’s baaaaaaaack), remontent sur la scène pour raviver leur idée d’une « libéralisation partielle » du monopole québécois. Fidèle à son habitude, l’économiste utilise des moitiés de chiffres et des voies d’évitement dans sa démonstration. Laurin s’est exprimé sur la question dans La Presse +, et selon ses estimations (qu’il ne partage pas), l’arrivée d’un petit nombre de cavistes ferait baisser les prix d’environ 30%. Et quand on parle d’un petit nombre, il propose un projet pilote de cinq à huit cavistes indépendants, choisis par appel d’offres.

Voici pourquoi cela ne fonctionnerait pas: l’arrivée d’une poignée de cavistes dans le marché du vin québécois aura l’effet d’une goutte d’acide sulfurique dans l’océan. Le pH ne changera pas. C’est à peine si la SAQ va se rendre compte de leur présence. Elle ne sera pas affectée pour cinq sous et clamera dès lors l’inutilité d’une libéralisation. Pensez-vous que cinq, voire huit cavistes vont faire bouger les prix par même un poil?

D’autant plus que, si un appel d’offres est mis en place, les probabilités sont fortes que les plus grosses agences de représentation en vin soient celles qui l’emportent, car elles sont davantage en mesure de mettre sur pied un modèle avantageux. Ces grosses agences, qui font déjà de très bonnes affaires avec la SAQ, voudront-elles voir le cornichon surir dans l’éventualité d’un échec de la tentative?

Qui, honnêtement, va se risquer à se lancer dans un petit projet pilote?

Si l’on croit sincèrement à une libéralisation (et j’en suis: notez que libéralisation n’est pas synonyme de privatisation), il faut tirer sur le bandage et permettre à quiconque s’en sent les reins assez solide d’ouvrir sa propre cave « privée ». Beaucoup d’agences de représentation en vin ont déjà leurs bureaux sur des artères passablement commerciales et n’attendent que le signal pour aller s’acheter des étiqueteuses chez Aubut et des étagères chez IKEA.

Photo: dontpkethebear.com

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Le vrai de vrai problème dans tout cet imbroglio d’on-privatise-tu-ou-bedon-on-privatise-pas, c’est que la SAQ ne voudra jamais d’un modèle où elle perd des sous. Oubliez ça. Le gouvernement n’est pas intéressé à perdre des dividendes. Alors, il faut trouver un scénario où la SAQ a la possibilité d’y gagner au change.

Je propose ceci:

1) Baisse de la majoration de la SAQ de 30%: ça part mal, vous croyez? Je crois, au contraire, que plutôt que d’espérer une situation où, éventuellement, les prix baissent de 30% comme Frédéric Laurin le suggère, il faut que le modèle mette cette baisse à sa base, dans le respect de la loi du prix-plancher, cependant. Il faut donner aux détracteurs du monopole exactement ce pourquoi ils désirent voir la SAQ être mise en miettes, puis travailler à récupérer cet argent ailleurs. Comment?

2) Libéralisation du marché de l’importation privée: permettons aux agences qui le désirent d’avoir boutique et cessons de leur imposer ces règles ridicules de vente à la caisse. Les prix des vins en importation privée sont majorés de la même manière que le sont ceux vendus en succursales SAQ. Élargir l’offre vinicole ainsi permettra à la SAQ d’aller rechercher ce manque à gagner imposé par la baisse de la majoration. Certaines de ces agences exploitent des niches qui sont peu couvertes, voire complètement ignorées par le monopole québécois.

3) Ouverture du marché en ligne du vin: il faut que le gouvernement québécois cesse de se cacher derrière l’argument de la vente aux mineurs et permette aux agences comme aux vignerons de la province de vendre leurs produits en ligne. La vente en ligne poursuit son irrésistible essor. Il y a une piastre à faire là.

Photo: winesinniagara.com

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4) Ouverture des frontières provinciales à l’achat de vin canadien: le potentiel économique de cette ouverture est énorme, et beaucoup trop de gouvernements provinciaux continuent de l’ignorer. Ici, on ne parle pas autant de revenus versés par la SAQ à l’État autant que de retombées économiques directes et indirectes qui feront autant de bien à l’industrie vinicole de notre pays qu’à sa situation économique en général. Ce modèle nous assure de respecter les règles de commerce international, car nous ne trouverions pas à « favoriser » notre produit national au détriment du produit étranger, seulement à lui ouvrir une porte supplémentaire.

Bref, ce sont là mes idées personnelles. Imparfaites? C’est possible. Qu’elles soient alors la source de jouvence de ce débat important. Certaines de ces idées ne sont pas nouvelles, je les ressasse souvent sur cet espace, mais je me dis qu’à force de radoter, on va bien finir par écouter.

Après tout, on a mis quelqu’un au monde, merde.

Le Sommelier Fou

Photo: winesinniagara.com

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When an article came out recently in La Presse about the SAQ’s monopole being questioned (French only), I jumped on it with great expectations, as I am open to a certain liberalization of the market. However, my fellow journalists and writers who, before me, had gone through many iterations of this discussion, gave the news a lukewarm welcome. After all these debates, the SAQ remains virtually unchanged. It is a monopoly that controls just about every wine sale in this province. It has its pros and its cons. This model gives us a prodigious buying power on the global market, but seeing as its origins are in Prohibition, and seeing as the measures that have been applied when this dry period was abandoned are now obsolete, it would be high time to review, once and for all, the inner economic workings of this governmental entity. But where to begin?

Since it came out, everyone granted us with his or her opinion. Unsurprisingly, the SAQ’s workers’ union (SEMB-SAQ) expressed worries about the proposed ideas; the union is clearly opposed to any form of privatization, whatever form it takes, brandishing the SAQ’s current performance to justify status quo. I don’t want to insist any further on this position, even more so if you consider that basing your point on a monopoly’s performance is the equivalent of a guy on a desert island claiming “I’m the smartest one here!” A tad useless.

Photo: myliquorstore.ca

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Others like Frédéric Laurin (he’s baaaaaaaack), jumped back on the scene, pleading for a « partial liberalization » of Quebec’s wine monopoly. True to himself, the economist used half-numbers and escape routes to make his demonstration. Laurin wrote a paper about his ideas for La Presse + (French only), and according to his calculations (which he does not share), the arrival of a few private wine stores would cause a 30% drop in wine prices. Speaking of a small number, he suggests the implementation of a pilot project where five to eight independent cavistes would be allowed to open, following a public bid process.

Here’s why this will not work: the implementation of a handful of cavistes on Quebec’s market will have the effect of a drop of sulphuric acid in the ocean. Won’t change the pH much. The SAQ won’t even feel their presence. It will not be affected at all, which would likely give them fuel to promote status quo. Do you honestly think that five to eight private wine shop would make prices budge, even by a hair?

And if a public bid process is put in place, it is very likely that the biggest wine representation agencies would win, given their much better position to put together an interesting proposal. These big agencies, who are already doing good business with the SAQ, will not want to see that pickle turn sour in the event of a failed attempt at that system.

Who, in their right mind, would jump on a small pilot project like this?

If you honestly believe in liberalization (I’m one of them: note that liberalization is not synonym with privatization), you have to pull the bandage off in one shot and allow anyone who feels they have the resources to open their own little « private » shop. Lots of wine representation agencies already have their offices on commercial streets and are just waiting for a sign to go buy tag guns at Aubut and shelves at IKEA.

Photo: dontpkethebear.com

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The real rub in this to-privatize-or-not-to-privatize is that the SAQ will never go for a model where it will lose money. Forget it. The government is not interested in losing dividends. So you have to put together a scenario where the SAQ doesn’t really lose anything.

If I may…

1) Lowering the SAQ’s mark-up by 30%: a rough start, you think? Contrary to what Frédéric Laurin suggests, I think that if you want to see prices drop by 30%, you have to make that drop the cornerstone of your liberalization process. You have to give the monopoly’s naysayers exactly what they want when they suggest we should burn the system to the ground, but you also need to build a model where the SAQ gets that money back. How?

2) Full liberalization of the private import market: allow agencies that so desire to have their own boutique and lift these ridiculous rules of sales by-the-case. Private import wines are subject to the same mark-up scheme than wines sold in SAQs. Broadening the wine offer will allow the SAQ to recuperate the money it has lost when the mark-up was taken down. Some of these agencies cover niche markets that are neglected, even ignored by the SAQ.

3) Opening the market to online sales: the Quebec government must stop hiding behind the argument of alcohol sales to minors and allow wine agencies and Quebec vintners to sell their products online. Online sales are on the rise. There’s money to be made there.

Photo: winesinniagara.com

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4) Opening borders to Canadian wines: the economic potential of this opportunity is enormous, and too many provincial governments continue to ignore it. While we are not looking here at profits the SAQ would give to the government, the direct and indirect economic impact of this would benefit the Canadian wine industry as much as it would benefit Canadian economy in and of itself. This model ensures that we are not favouring our national product over foreign offer, and therefore we are in line with international trade rules.

My two cents. Some points I am making here are not new, I have been selling them over and over on this blog, but methinks that by repeating myself, someone is bound to listen.

Le Sommelier Fou