10 jours avec Apothic Red – 10 days with Apothic Red

Source: flickr.com

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Après l’exercice révélateur que j’avais fait avec une bouteille de Clos de la Coulée de Serrant, l’envie m’est venue de répéter l’exercice avec d’autres vins, que j’allais sélectionner pour leurs caractéristiques particulières. Avec la Coulée de Serrant, j’étais surtout intéressé à voir à quel moment le vin allait atteindre son paroxysme. Il lui aura fallu quatre jours.

Pour cette édition, j’ai voulu explorer les vins de marque de consommation courante dans lesquels on laisse un peu (beaucoup) de sucre résiduel. Les Ménage à Trois et compagnie. Dans le cas qui nous concerne, j’ai choisi Apothic Red, un assemblage de shiraz, de zinfandel et de merlot, qui affiche un taux de sucre de dix-sept grammes par litre.

Quel est le motif derrière la quantité de sucre résiduel dans ce vin? Le but officiel est de supporter le fruit (on le soupçonne déficient avant l’exercice auquel je me suis prêté) et d’arrondir le vin, lui conférer une touche plus souple et agréable. Encore là, les raisins par eux-mêmes ne devraient-ils pas être en mesure de fournir tout cela, ou à tout le moins des manipulations oenologiques bien choisies ne devraient-elles pas permettre de créer un vin agréable? Il faudrait demander à Debbie Juergenson, qui signe cette cuvée année après année. Sur le site Web d’Apothic, elle nous dit qu’elle tente de « raconter une histoire » avec chaque millésime d’Apothic Red.

Comme vous pourrez le constater avec le compte-rendu de mon exercice, l’histoire implique probablement un garçon, une fille et une maison en pain d’épices.

JOUR 1

Le vin donne exactement ce à quoi on s’attend: beaucoup de concentration du fruit, essentiellement noir, un caractère épicé qui fait opération charme et une touche soyeuse comme la robe de bain de Satan. On constate ici le rôle de soutien important que le sucre joue, car cet aspect séducteur apparaît d’emblée comme artificiel: on n’a pas l’impression que les meilleurs fruits ont été mis à contribution.

JOUR 2

Déjà, le vin entreprend sa déconstruction. Le fruit est un peu plus défini (du lot ressortent le cassis et la mûre), et l’apport épicé a tourné au poivre. Derrière, une amertume marquée, comparable à celle du bois vert, s’installe. Notez que, dans un vin bien équilibré, un peu d’amertume peut parfois apporter de la dimension, ajouter une perspective au vin. Ici, ce goût est dans le chemin.

Pour terminer, l’alcool, qui était bien masqué la veille, sort au grand jour, chaud. Il ne disparaîtra plus.

JOUR 3

Photo: sipeventsla.com

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Confiture de bleuets à la poignée. On dirait bien que le sucre prend le contrôle de la situation. En effet, il fallait s’attendre à cela si le fruit n’a pas l’étoffe pour maintenir sa place dans l’équilibre du vin. Ici ne subsistent qu’une impression d’un fruit noir, le bleuet, et un gros paquet de sucrosité. L’alcool saisit toujours dans la finale.

Pour cet aspect, signalons que le vin demeure à température pièce, un paramètre à la base de l’exercice qui sert de contrôle, afin d’exposer tous les vins qui seront soumis à cet exercice aux mêmes conditions. À cette température, l’alcool ressortira toujours davantage. Mais à ce point? J’en doute.

JOUR 6

Les bleuets ne sont pas restés bien longtemps; dès le quatrième jour, ils étaient disparus. Au sixième jour, on observe une espèce de madérisation du vin: ce phénomène est une oxydation du vin provoquée par la chauffe. Comprenez bien: je n’ai soumis le vin à aucune chaleur autre que celle de la température de la pièce, qui était stable et comparable à celle à laquelle le coulée de serrant avait été soumis.

En bouche, de faibles notes de figues et de dattes, l’alcool omniprésent. L’amertume de bois vert est disparue, alors que les tannins se mettent à fondre.

JOUR 9

2015-06-28 10.29.14La longue descente se poursuit. Le fruit est de plus en plus ténu, les tannins de moins en moins solides, l’alcool de plus en plus persistant. Les bleuets reviennent timidement en surface, et cela est strictement due à la présence, à ce point monolithique, du sucre résiduel: en effet, alors que tout s’estompe, le sucre, lui, reste droit et triomphant, évident comme le nez au milieu de la figure.

À ce stade, si on n’a pas compris qu’Apothic Red est construit pour la consommation immédiate, on ne le comprendra jamais. Peu de temps après l’ouverture, le vin montre que sa moelle épinière repose essentiellement sur cet aspect. Après neuf jours, c’est à toutes fins utiles tout ce qui reste.

JOUR 10

Plus que quelques cuillères de sucre. Sinon, Apothic Dead.

***

Maintenant, loin de moi le désir de juger des goûts personnels des gens. Si vous aimez ce vin, grand bien vous fasse. Je ne le trouve pas intéressant, ce qui en fait plus pour vous, voyez-le comme ça. Toutefois, j’ai beaucoup apprécié l’exercice, parce que les vins comme celui-ci foisonnent sur notre marché et ont la cote, et qu’il est important de s’interroger sur les raisons derrière ce phénomène. Premièrement, la machine marketing derrière Apothic Red, E.&J. Gallo, a les poches profondes; c’est l’un des producteurs de vin les plus puissants aux États-Unis, voire au monde. Très facile pour une grosse boîte comme ça de saturer le marché en termes de visibilité et de créer l’engouement.

Je serais en fait très curieux de comparer le budget promotionnel de la marque Apothic à leur budget viti-vini, c’est-à-dire combien d’argent est mis dans la pub comparativement à l’argent investi dans le vin lui-même.

Une vieille image de mon blogue, que je recycle... An old image from my blog. doing some recycling...

Une vieille image de mon blogue, que je recycle…
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Les Ménage à Trois, Apothic et autres Liano de ce monde ne sont pas les premiers vins de ce genre à pénétrer notre marché, et ils ne seront pas les derniers: Liano a même été expressément créé pour le marché québécois. Pourquoi? Il est clair que la dent sucrée du consommateur québécois offre une cible de choix pour les gros producteurs. Mais sachez que cet apport de sucre résiduel, outre sa capacité à vous donner un rush d’endorphines, cache bien souvent une qualité inférieure de fruit, qui paraît vite si on laisse le vin « respirer ». À quoi sert le maquillage? Soit à se faire passer pour quelqu’un que l’on n’est pas, soit à masquer des imperfections. C’est ce que cet exercice m’aura permis de conclure.

Et ça m’aura aussi permis d’augmenter ma tolérance à l’arsenic.

Le Sommelier Fou

Source: flickr.com

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After the revealing exercise I had done with a bottle of Clos de la Coulée de Serrant, I wanted to repeat the experiment with different wines that I would select for peculiar characteristics. With Coulée de Serrant, I was interested in seeing when the wine would reach its climax. It took four days.

For this edition, I wanted to explore branded everyday wines in which a bit (a lot) of residual sugar is left. The Ménage à Trois and friends type. For our little experiment, I chose Apothic Red, a blend of Shiraz, Zinfandel and Merlot, which weighs in at seventeen grams of sugar per litre.

What’s the purpose behind all this RS in the wine? The official aim is to support/lift the fruit (a fruit that’s suspected to be deficient prior to this exercise being taken on) and to round out, smoothen the wine, give it a suppler, more pleasant touch. But then again, shouldn’t the grapes in and of themselves be able to provide for all that, or at least shouldn’t some well-chosen enological manipulations be able to render the wine more pleasant? You’d have to ask Debbie Juergenson, who makes this wine year after year. On Apothic’s Website, she says she tries to “tell a story” with every different vintage of Apothic Red.

As you’ll be able to tell in this exercise summary, the story very likely implies a boy, a girl and a gingerbread house.

DAY 1

The wine gives exactly what you expect: lots of fruit concentration, essentially black, a spicy character that’s turning on the charm and a touch as silky as Satan’s bathrobe. Residual sugar has a really important role here, because you can feel that this seductive aspect is artificial: you don’t get the impression that the best fruit have been called for contribution.

DAY 2

The wine is already deconstructing. The fruit feels a little more defined (black currant and blackberry rise to the top), and the spicy twist has turned to plain pepper. A marked bitterness lurks behind, comparable to that of green wood. Note that in a well-balanced wine, a little bitterness can bring some dimension, add some perspective to the wine. Here, that taste is just in the way.

To top things off, the alcohol that was so well hidden yesterday is coming out in broad daylight, warm. It will never go away.

DAY 3

Photo: sipeventsla.com

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Blueberry jam aplenty. It really feels like the sugar is taking control of the situation. Such a thing was to be expected if in fact the fruit used to make this wine didn’t live up to what was expected of it. All you have left here is a black fruit impression (blueberry) and lots of sweetness. The alcohol still slaps you on the finale.

For this particular aspect, keep in mind that the wine stays at room temperature, a important control parameter of this exercise, to make sure that all wines eventually exposed to this experiment are treated the same way. At this temperature, alcohol will tend to show off a little more. But to this extent? I doubt it.

DAY 6

The blueberries didn’t stick around too long; as of Day 4, they were gone. On the sixth day, the wine was undergoing a sort of maderization: this phenomenon is essentially the wine oxidizing quicker due to heating. Hear me out: I did not expose the wine to any heat other than room temperature, which was stable and comparable to when Coulée de Serrant underwent the same test.

Weak notes of fig and date in the mouth, with very obvious alcohol. The green wood bitterness is gone, and the tannins are starting to melt.

DAY 9

2015-06-28 10.29.14The long descent continues. Fruit is getting even tamer, tannins are less and less solid, alcohol more and more persistent. Blueberries are shyly coming back to the surface, But this is strictly due to the presence, monolithic at this stage, of residual sugar: in fact, as everything else is fading, the sugar remains, standing in triumph, obvious as the nose in the middle of the face.

At this stage, if it isn’t abundantly clear to you that Apothic Red is built for immediate consumption, it never will be. Shortly after opening, the wine showed that its backbone was relying solely on this feature. After nine days, it is almost all that is left.

DAY 10

Just a few lumps of sugar. Otherwise, Apothic Dead.

***

Now, I would not want to pass judgement on people’s tastes. If you like this wine, good for you. I find it uninteresting, which just makes more for you, put it this way. However, I did appreciate the exercise, because wines like this are plenty on our market and they have the favour of many drinkers, so it’s important to think of the reasons behind such a phenomenon. First off, the marketing machine behind Apothic Red, E.&J. Gallo, has deep pockets; it is one of America’s most powerful wine producers, even on a global scale. It’s fairly easy for a company like this to saturate visibility and to create a demand for this kind of product.

Come to think of it, I would be very curious to compare Apothic’s promotional budget to its winemaking budget, in other words, how many bucks are put in advertising compared to the money spent on the wine itself.

Une vieille image de mon blogue, que je recycle... An old image from my blog. doing some recycling...

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Wines like Ménage à Trois, Apothic and other Lianos of this world are not the first wines to penetrate our market, and they will not be the last: Liano was even created exclusively for our Quebec market. Why? It is clear that Quebec consumers’ sweet tooth is a target of choice for these big producers. Just know that this residual sugar contribution, besides its capacity to give you an endorphin rush, often hides lesser-quality fruit, which quickly becomes obvious if you let the wine “breathe”. What is all this make-up for? Either to look like somebody you’re not, or to hide some imperfections. This is what I was able to take out of this exercise.

That, and an augmented tolerance to arsenic.

Le Sommelier Fou