Biodégradable


Ce billet fait suite à l’article de Rémy Charest paru chez Palate Press à propos de l’accord auquel l’Union Européenne est parvenu sur la définition du vin biologique. En fait, lisez-le vous-même, et ensuite, on en parlera.

Bonne lecture, n’est-ce pas? Rémy Charest est un excellent chroniqueur; en plus, il frise comme pas deux.

Juste pour être certain que vous avez bien compris où il a voulu aller avec cet article, dans les limites de l’objectivité journalistique, bien sûr, je vais une fois de plus paraboliser. Là, je vous avertis, mais je vous avertirai pas tout le temps. Va falloir que vous fassiez votre part, un moment donné.

Il y a trois ans, Madame Fou et moi avons acheté une maison des années cinquante. Un petit bungalow de la Rive-Sud, avec un beau terrain, de bons voisins, une entrée asphaltée, et tout. Bien sûr, loin d’être parfaite, la maison arrive avec son lots de besoins en termes de rénovation: toiture à refaire, fenêtres vieillissantes, tuyauterie d’égoûts d’origine. Bref, y a de quoi nous tenir occupés et faire des débutants que nous sommes en gestion de l’habitation non pas des experts, mais des gens informés en peu de temps.

Comme nous ne sommes pas excessivement manuels ni l’un, ni l’autre, nous avons fait appel surtout à des entrepreneurs pour les travaux plus importants. Nous avons eu droit à toute la panoplie: jobeurs, prétendus experts, spécialistes, passionnés de la maison… Certains nous inspirent confiance, d’autres moins. Ceux que nous embaucherons ne seront pas toujours ceux qui auraient été le meilleur choix, chose que nous découvrirons à nos dépens une fois la job faite. Mais bon, on apprend.

Tous, par contre, avaient les mêmes bons mots pour notre demeure récemment achetée. Je ne sais pas si c’est une formule toute faite qu’ils apprennent à dire, mais il reste qu’ils l’ont tous utilisés et qu’à chaque fois, la conversation qui a suivi revenait au même.

« C’est un beau carré de maison que vous avez là… »

Oui, je sais, merci, vous êtes pas le premier à nous le dire. Me voilà en train de prendre un compliment pour ma maison comme si c’était de mon corps (de moins en moins carré) qu’on parlait. C’est qu’à l’époque où notre maison a été construite, il existait bien peu de normes et de règles quant à l’habitation. Quiconque s’est déjà promené dans le vieux-Longueuil pourra attester qu’il n’y avait, à toutes fins utiles, pas de règles d’urbanisme non plus sur la Rive-Sud.

Reste que notre maison a été bien construite, de l’avis de tous; planchers en croix de Saint-André, toiture à quatre versants de pente idéale, boiseries et cuisine en chêne massif… Bref, une maison bâtie toute d’un bloc. Ils insistaient sur ce point parce que, selon la majorité d’entre eux, ce qui est construit aujourd’hui n’est pas d’aussi bonne qualité, et ce malgré l’établissement de normes très restrictives quant aux matériaux utilisés, à l’isolation, à la fenestration, et ainsi de suite.

Comment expliquer cela? À une époque où il n’y avait pratiquement pas de règles, on faisait de bonnes maisons, et aujourd’hui, alors qu’on réglemente la construction comme jamais, les maisons seraient de moins bonne qualité?

L’explication demeure assez simple. L’erreur que l’on fait en ce qui a trait aux normes, c’est de les voir comme des standards d’excellence. Or, une norme, c’est un minimum. Tu peux le fixer aussi haut que tu veux, mais un minimum, c’est un minimum, et s’il revient plus cher pour l’entrepreneur d’en faire plus, ne t’attends pas à ce qu’il le fasse.

Va pour la métaphore.

Que l’Union européenne en vienne à définir de manière précise ce qu’est un vin bio, c’est un bon pas dans la bonne direction. Ce serait cependant une erreur de considérer cette définition comme une finalité, car elle beaucoup moins exigeante et restrictive que ce que bien des vignerons bio acceptent déjà de faire. Le risque derrière cette définition, surtout si elle n’est pas bâtie pour permettre l’évolution, c’est qu’elle soit plutôt un pas en arrière. Vigneron A se démène comme un diable dans l’eau bénite pour faire un vin bio, même qu’il dépasse de loin les exigences de l’Union Européenne; son voisin, vigneron B, qui ne s’est jamais donné le trouble de faire bio, se rend compte que ça ne lui demanderait pas grand chose, d’un point de vue monétaire, de se plier à la définition, alors il le fait, pour une fraction de ce que ça coûte à son con de voisin. Le résultat, deux vins, faits dans des terroirs voisins, l’un deux fois plus cher que l’autre, les deux avec le même petit autocollant de certification bio.

Vous pensez que vigneron A va résister longtemps à l’effort supplémentaire quand il verra le succès de son voisin? Moi non plus.

Une fois que ces bouteilles seront sur le marché, le jour où vous en achèterez une, souvenez-vous de notre petite discussion ici: une norme, c’est d’abord et avant tout un plancher.

Et il n’est pas nécessairement fait en croix de Saint-André.

Le Sommelier Fou

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