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Cette photo, dont le crédit revient à La Presse, parle très fort. Le quotidien l’utilise presque à chaque fois qu’un article est publié au sujet du vin québécois. La main (ce n’est pas innocent) est tendue vers une bouteille de l’Orpailleur, mais celle qui est tout près d’un autre gros vendeur, la cuvée William, de la Rivière du Chêne. On le sait déjà, et j’en ai fait état à maintes reprises sur ce blogue comme à la télé, la place que la SAQ fait aux produits canadiens (et québécois, de surcroît) est à proprement parler médiocre. Les choses se sont améliorées par rapport à l’époque où les flacons du Québec étaient juste à côté de l’armoire à balais, mais il n’en demeure pas moins que la société d’État peut faire beaucoup mieux pour les produits de la Belle Province.
Mais revenons à ce dont je veux vous parler. La main tendue vers l’Orpailleur est révélatrice d’une habitude que les Québécois ont prise il y a longtemps, à une époque ou ce vignoble était à toutes fins utiles le seul gros joueur au Québec, et elle a perduré, pourrait-on croire, parce que le vignoble a maintenu une tradition de qualité tout ce temps. Je pense personnellement que l’habitude a survécu tout ce temps pour une raison bien simple: le Québécois connait mal son vignoble.
C’est pourquoi un événement comme la Fête des Vins du Québec, à laquelle j’ai assisté à la fin de 2012, a une importance capitale, car il permet au consommateur de découvrir une partie du vignoble québécois à laquelle il a plus difficilement accès durant le reste de l’année. C’est bien beau, la route des vins, mais le territoire québécois est tellement vaste qu’il est difficile de la parcourir de façon vraiment efficace. Et je n’ai pas encore parlé de l’accessibilité au vin québécois en région non-vinicole; comment il fait, le mec de Chicoutimi, s’il veut avoir du vin du Domaine de la Bauge?
Si je dis seulement partie du vignoble, c’est que seule une poignée de vignerons avaient accès à ce salon. En effet, seuls des membres de l’AVQ étaient présents lors de la fête. Est-ce l’événement qui était réservé aux seuls membres de l’AVQ ou sont-ce les VIQ qui l’ont boycotté? Difficile à dire.
Mais permettez-moi de vous avouer un secret ici: j’avais suggéré aux VIQ de me faire parvenir des échantillons de leurs vins pour que je puisse en parler dans ce billet, afin d’en faire une VRAIE fête des vins québécois. J’avais envoyé l’invitation en octobre. Du lot, un seul vignoble m’a fait parvenir des échantillons, et un autre m’a fait déguster ses trucs lors de la Grande Dégustation de Montréal. Pour le reste des VIQ, on s’est montrés frileux. Je suis bien entendu déçu de n’avoir pas pu leur offrir cette vitrine, mais il s’agit bel et bien de leur perte, et non de la mienne.
Revenons à la Fête des Vins. Avant de vous parler de quelques vignobles dignes de mention, j’aimerais partager avec vous trois constats que j’ai pu faire lors de l’événement.
1: ON FAIT DU BIEN MEILLEUR VIN QU’IL Y A DIX ANS.
C’est un fait, on comprend un peu mieux nos cépages qu’avant, on maîtrise un peu mieux les sols qu’avant. Le résultat est clair: le vin est meilleur qu’il ne l’était. De plus, la vigne vieillit, ce qui est toujours bon pour la qualité d’un produit.
2: ON FAIT DU BIEN MEILLEUR VIN QU’IL Y A CINQ ANS.
On fait maintenant appel à des oenologues-conseil, qu’on pourra appeler des driving winemakers, et qui sont engagés par certains vignobles afin de rehausser la qualité des vins qui sont produits ici. Les résultats sont probants. De plus, nombre d’oenologues dans la fleur de l’âge partent de l’Europe pour venir faire leurs classes ici, parce que le terroir est si exigeant.
3: LES TEMPS CHANGENT, ET LE MESSAGE DOIT CHANGER
J’ai discuté avec nombre de vignerons durant la Fête des Vins, qui m’ont avoué ne pas s’y retrouver dans le message de l’AVQ, ou du moins dans l’angle d’approche privilégié par l’AVQ pour promouvoir le produit du vignoble québécois. Certains vous avoueront du bout des lèvres s’impatienter par rapport à certaines choses véhiculées par l’AVQ, ou plutôt des vignerons membres à qui l’on donne souvent le crachoir. J’en veux aussi pour preuve la récente sortie publicitaire de la Rivière du Chêne, où deux méthodes de culture pour le vin de glace ont été testées avec un manque d’objectivité flagrant, le tout mis sous presse par Karyne Duplessis-Piché.
Le premier point de contention: l’envie maladive de ce qui se fait en France. Souvent pour valoriser ce qu’on fait ici, on fait la gaffe de se comparer à la France, ou pire, on met en parallèle les conditions dans lesquelles la vigne pousse à celles qui ont cours dans l’Hexagone. Cette comparaison est maladroite et désavantage d’entrée de jeu le produit du Québec, alors même que l’intention est de le mettre en valeur. Peut-être jouit-on des mêmes conditions d’ensoleillement qu’à Bordeaux, mais encore faudrait-il qu’on y jouxte, comme à Bordeaux, des vignes centenaires, des terroirs étudiés et exploités depuis des siècles, des méthodes développées au fil du temps et spécifiques à la réalité de chaque vignoble.
Les vins québécois, si bons soient-ils, ploient sous la pérennité des grands vins d’Europe et il est ridicule de les y comparer.
Un dernier exemple de ces comparaisons boiteuses et malhabiles: un article récent dans la Presse qui suggérait des mousseux québécois pour les Fêtes mentionnait que le seyval, cépage souvent utilisé pour les bulles au Québec, a d’abord poussé en Champagne. Fort bien. Mon rôti de côtes a aussi déjà fait partie d’un boeuf Kobe; ce n’est pas ça qui va m’empêcher de le brûler.
Je vais arrêter ici. Pour l’instant. On pourrait m’accuser d’acharnement… Pour terminer, permettez-moi de vous parler de quelques-uns de mes coups de coeur de l’événement:
Année après année, mes blancs préférés proviennent de ce vignoble. La cuvée Saint-Vincent, aromatique à souhait, ne m’a jamais déplu.
Il faut d’abord admirer ces artisans pour leur capacité à travailler dans un terroir a priori prohibitif pour le vin. Comme si ce n’était pas assez, leurs coteaux font face au nord! Tous les produits de la maison sont dignes de mention, mais si vous devez choisir, allez-y pour le Voile de la Mariée, la Réserve du Bout de l’Île, ou encore le spectaculaire Vendange Tardive, explosif et équilibré.
On y va d’abord et avant tout car il y a un petit peu de notre argent dans ce vignoble…
Mais aussi parce que le vin y est bon. Les rouges sont tout à fait buvables, quoiqu’un peu ronflants à mon goût personnel. Ce que j’ai bien apprécié, par contre, ce sont les vins de glace, un blanc fait de frontenac gris, un rouge fait de frontenac noir, éminemment digestes et savoureux.
De tous les vignobles présents à la Fête, certainement celui où la qualité est le moins sujette à nous faire grimper dans des montagnes russes. Une gamme égale à elle-même et bien faite, d’un bout à l’autre du spectre. S’il faut choisir, allez-y pour le Réserve rouge. Nicole du Temple et Yvan Quirion se sont bien entourés et tirent le meilleur de ce que ce domaine a à offrir.
D’ailleurs, je crois personnellement que Monsieur Quirion aurait avantage à ne pas faire ces comparaisons vaseuses avec d’autres terroirs internationaux et à laisser parler ses vins, qui sont ô combien plus éloquents.
Le Sommelier Fou
This snapshot taken La Presse speaks volumes. The newspaper uses it almost every time there’s a piece on Quebec wines. The hand is reaching out (not innocently) to a bottle of l’Orpailleur, a bottle next to another Quebec top seller, Cuvée William, from Rivière du Chêne. It’s already known, I’ve said numerous times on this blog as well as on TV, the SAQ shelf space allowed to Quebec (and Canada) wines is simply mediocre. Things have obviously changed since products were placed next to the janitor’s closet, but there’s still quite a lot of room to move when it comes to promoting La Belle Province’s products.
But let’s come back to what I really want to tell you about. The extended hand towards the l’Orpailleur bottle is revealing of an old habit Quebecers have taken way back when this winery was literally the only major player in Quebec, and while one could be led to believe it’s still very popular because the quality standard is still there, I tend to think it’s rather for a completely different reason: Quebecers do not know their wines all too well.
This is why an event such as la Fête des Vins du Québec, which I attended at the end of 2012, is of capital importance, because it allows Quebecers to get access to some wines they wouldn’t be able to taste otherwise. The Wine Route is all good and great, but our territory is so big that it’s difficult to cover a lot of wineries in one trip. And I’m not even talking about access to Quebec wines in non-wine regions; how does the Chicoutimi dude do to get his hands on wine from Domaine de la Bauge?
I also said “some wines” because not everyone was invited at the party, or so it seems. This event showcased only members from the AVQ. Now, was it reserved strictly for AVQ members, or did the VIQ simply boycott it? Hard to say. I can share a secret with you, though: I had invited the VIQ wineries to send me samples of their wines, so I could make them some space in this article. This way, it would have been a true Fête des Vins du Québec in my eye. Of the lot, only one winery sent me samples, and I was able to taste the array of wines from another at the Grande Dégustation de Montréal. The rest of the VIQs got cold feet. While I am somewhat disappointed I couldn’t bring my idea to life, it’s really their loss, not mine.
But back to Fête des Vins. Before I tell you about some really worthy wineries, I’d like to share some observations I made while at the event.
1: WE MAKE MUCH BETTER WINE THAN TEN YEARS AGO.
It’s a fact; we understand our grape varieties, as well as our soils, a little better than before. The clear result of that is a better wine. And our vines are getting older, which always brings quality to the product.
2: WE MAKE MUCH BETTER WINE THAN FIVE YEARS AGO.
We got ourselves some driving winemakers, more and more oenologists that are working on improving our local wines. And results are showing. Of the lot, many young oenologists come from Europe to earn their badges of merit here, seeing as the terroir is so demanding.
3: TIMES ARE CHANGING, SO THE MESSAGE MUST FOLLOW SUIT
I spoke with many winemakers during la Fête des Vins, many of which admitted they did not recognize themselves in the AVQ’s message, or at least in the angle the AVQ has chosen to exploit to promote Quebec wines. Some have even said they were growing impatient with some of the things the AVQ was saying, or at least some prominent winemakers in the association that often get their turn at the microphone. An example of this kind of promotional move would best the recent stunt pulled by Rivière du Chêne winery, where two icewinemaking methods were tested and compared with a blatant lack of scientific objectivity. Read more about it in Karyne Duplessis-Piché‘s piece on the topic (French).
First point of contention: France envy. Often times, to validate what’s happening here, comparisons will be drawn with methods used in France, or worse, parallels are drawn between our vinegrowing conditions and those of the Hexagon. This flawed comparison can only put Quebec’s product in a bad light, even though the initial intent is to promote it. So maybe we have just as many sunlight days as they have in Bordeaux, but one thing we do not (yet) have, which Bordeaux does, is century-old vines, terroirs that have been studied and exploited for eons, not to mention state-of-the-art technology and methods specifically developed for each château or terroir.
As good as they are, Quebec wines can only be weighed down by the weight of centuries of French winemaking. Simple as that. It’s ridiculous to even think of drawing a comparison.
One last example of these one-legged parallels drawn between France and Quebec: a recent article (French) in la Presse, which was suggesting Quebec sparklers for the Holidays, was pointing out that Seyval, often used in Quebec sparkling wine, used to be grown in Champagne. That’s great. My rib roast also comes from a Kobe beef. Nothing keeps me from burning the crap out of it.
But I’ll stop here. For now. Don’t want to be accused of beating a dead horse… To finish off on a positive note, allow me to tell you about some of my favourite wines at the event:
Year after year, my favourite white wines come from this winery. The uber-aromatic Cuvée Saint-Vincent never fails to please me.
You must give props to this winery first and foremost from making wines in a very prohibitive terroir. As if that wasn’t enough, their slopes face north! Just about every product from this winery is worth a mention, but if one must choose, I would suggest the Voile de la Mariée, the Réserve du Bout de l’Île, or the spectacularly balanced and explosive Vendange Tardive.
The main reason you should go to this winery is that a little of your money was invested there…
But also because wines are good. Reds are very drinkable, albeit a little pompous. What I really liked, though, were the icewines, a white made from Frontenac Gris, a red from Frontenac Noir, eminently light and flavourful.
Of all wineries present at the Fête, certainly the one where quality does not ride a roller-coaster. A well-done line of products across the board. If you have to choose, go for the Réserve red. Nicole du Temple and Yvan Quirion have surrounded themselves well and they are making the best of what their terroir has to offer.
Speaking of which, I would personally recommend Mr. Quirion stray away from making weak comparisons with other international terroirs and let his wines speak. They are far more eloquent.
Le Sommelier Fou
David,
I have admit I skipped the Quebec tasting so my point of view is somewhat diminished in comparison to yours. I am in full agreement on a few points, yes QC is better than it was 10 years ago. Yes it is better than it was 5 years ago.
But… I say this about all Canadian wine: when you are buying Canadian wine you should get a Charitable donation receipt for half the value of the wine. I buy about ten percent of my wine from Canadian producers, and never in the last 5 years have I said – geez dollar for dollar this is great value compared to what my local monopoly would have supplied me from an imported wine. Not once. Pétales d’Osoyoos, Closson Chase Churchside Pinot Noir, Blomidon White… you name it, I have bought’em, drank’em and loved’em, but not purchased any of them by the case. Same thing for a few Quebec bottles where I think the value proposition is usually lower.
I guess lots of friends and acquaintances probably you ask the Sommelier fou for wine recommendations, and if you are like me you probably hesitate to suggest Quebec wines for the value and for practical obstacle of not being able to find these wines on the shelves.
Changing the economic variables of wine making so that Quebec wines can compete on value with imports is a big challenge, and I don’t think the SAQ is mandated to tug on the invisible hand of capitalism so don’t expect things to change any time soon.
IMHO.
SS
thanks for your input, DJ. I personally think there are examples out there of good value Canadian wine, but they do not come from the big players, that’s for sure.