Les couleurs du vin

 

Un daltonien m’a déjà expliqué, avec l’aide de Photoshop, comment il voyait les couleurs. Son type de daltonisme affectait sa distinction des jaunes et des verts, ainsi que sa perception des rouges; pour lui, un plat d’agrumes, c’était vert en estifie. Il m’a montré une succession de photos, auxquelles il avait appliqué un filtre imitant parfaitement sa condition. Bien sûr, lui, quand il appliquait le filtre, il ne voyait aucune différence, mais moi oui. La plus spectaculaire était celle vue sur une photo de paysage automnal. Les jaunes et les rouges devenaient des verts et une espèce de mauve fluorescent tiré tout droit des rêves de Timothy Leary les plus fous.

J’ai donc envie de vous parler des couleurs dans le vin. Parce qu’il n’y a pas que le pinard rouge et le pinard blanc. Le vin a une riche palette qu’on a tendance à ignorer. J’ai pensé faire un survol des couleurs du vin, juste pour nous amuser un peu. Et parce que je ne peux pas toujours être en train de chialer, merde.

Faisons un arrêt sur chacune des couleurs, si vous le voulez bien, afin de bien comprendre comment le vin en vient à arborer cette teinte et ce que ça veut dire pour le profil gustatif dudit breuvage.

Vin rouge

Le préféré de la majorité, soit pour son corps, soit parce qu’il ne donne pas mal à la tête (ce qui est, au demeurant, un mythe; buvez-en trop, vous verrez comment vous filerez). La coloration du vin rouge est due aux tannins libérés par la peau lors d’un contact étendu durant la macération. Pour en venir à faire du vin rouge, il faut que ce contact soit suffisamment long et que le raisin utilisé, il va de soi, soit propice à faire du rouge. Avec le chardonnay, oubliez ça.

Ce rouge peut se diviser en nombre de couleurs différentes, du rubis au grenat au pourpre, en passant pas le violet. Tout dépend des cépages utilisés et du processus de vinification. Sa couleur est parfois si profonde, si opaque et si intense qu’on ne dit plus qu’il s’agit d’un vin rouge. On dit plutôt…

Vin noir

C’est surtout à dans l’AOC cahors que vous trouverez du vin dont on dit qu’il est noir. Vous pouvez toujours compter sur le cahors pour vous donner de belles dents tachées. L’apport tannique est assez imposant; le vin a du corps, de la structure et de la puissance, quand il est bien fait, bien entendu.

Le terme vin noir est quand même peu utilisé car avouons-le, il est rare qu’on associe le noir au délice en gastronomie. Il y a le poulet noirci, il a les soupes à l’encre, mais c’est pas mal ça. Avec le vin noir.

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Vin blanc

Le vin blanc n’est jamais vraiment blanc, à moins de venir de Rias Baixas, où on le fait tellement pâle qu’on dirait parfois de l’eau. Généralement, le vin blanc aura une légère coloration qui peut aller dans le jaune, la paille, l’or… Ou être carrément vert, pour le daltonien dont je vous parlais.

Il est d’ailleurs faux de dire que les vins blancs ne contiennent pas de tannins; il y en a, en quantités infimes, car sinon, il n’y aurait pas couleur. Le contact avec les peaux durant la vinification, bien que bref, laisse des traces. Les barriques, si elles sont utilisées, vont elles aussi contribuer à la couleur du vin blanc.

On peut choisir de vinifier un cépage blanc comme on le ferait avec un rouge, c’est-à-dire en laissant le jus en contact avec les peaux aussi longtemps qu’on le ferait avec un rouge. Le résultat?

Vin orange

Oui, j’avoue, le résultat est pas mal proche du vin rosé, mais il se distingue dans les profils aromatique et gustatif. Élémentaire: on n’utilise pas les mêmes cépages qu’on le ferait pour un rosé, ce qui fait toute la différence. Le vin orange est en mode découverte par les temps qui courent; on en parle de plus en plus dans les blogues et sites spécialisés sur le vin. Qui sait si cela aura pour effet d’en faire un breuvage dans le vent pour bientôt?

Et puisque l’on parle de sa parenté avec le vin rosé…

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Vin rosé

Celui-là, on le connaît bien, et la météo idéale pour l’apprécier est à nos portes.

Je ne vais pas insister sur les divers modes de vinification du rosé, j’en ai déjà disserté amplement. Je vais simplement réitérer ma préférence pour celui qui est élaboré par pressurage direct, car j’aime bien quand les arômes et le goût tournent plus autour des qualités florales que de la simple fraise ou framboise. Certains d’entre ces vins choisissent d’ailleurs d’identifier leur cuvée d’une autre couleur…

Vin gris

On se dispute l’origine du vin gris: le Rhône, la Lorraine, le Languedoc… Ici on utilise le pinot noir, là le gamay, ailleurs le grenache gris. Il reste que le vin a cette coloration toute subtile et ce goût qui donne envie de se prélasser au soleil. Bonny Doon fait un excellent Vin Gris de Cigare.

Vin vert

Le vinho verde n’est pas complètement vert, et il ne porte pas non plus ce nom pour sa stricte couleur. Oui, on peut parfois y voir des reflets verdâtres, mais c’est surtout pour sa prime jeunesse qu’on lui attribue ce qualificatif. Un vin élaboré et mis en marché tout de même assez rapidement, tellement que la fermentation n’est pas totalement complète. Ce qui en résulte, c’est cette toute petite effervescence qu’on appelle le perlant, qui vient doucement piquer la langue. Ça non plus, l’été, ça ne fait de tort à personne.

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Vin jaune

Ce vin fait la fierté du Jura. La méthode de vinification qui mène au vin jaune est unique: on admet un contact léger avec l’oxygène durant le vieillissement, ce qui va conférer de belles notes de noisette et d’amandes au vin, mais va surtout lui donner une bonne capacité de vieillissement. Il est élaboré à partir du savagnin, un cépage dont on ne se sert tout simplement pas assez.

Quoique je découvrais récemment qu’un maison de l’Ontario, Megalomaniac, avait décidé d’élaborer une cuvée à partir de savagnin… À suivre…

Bref, le vin se décline sous toutes sortes de couleurs. J’en ai laissé de côté, je le sais; j’aurais pu vous parler de l’ambré, cette couleur à laquelle aspirent vins blancs comme vins rouges alors qu’ils vieillissent… Si vous jugez que j’ai laissé une couleur de côté de façon injuste, je vous invite à en parler dans les commentaires ci-dessous. Mais rappelez-vous: la clé des couleurs n’est pas dans la distinction, mais dans l’harmonie…

Le Sommelier Fou

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